Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères Federica Mogherini (tout à gauche) avec les négociateurs iraniens, russe, britannique et américain le 14 juillet 2015 au moment de la signature de l'accord sur le nucléaire iranien
© JOE KLAMAR/AP

Diplomatie

La volte-face américaine sur le nucléaire iranien humilie l'Union européenne

Echaudés par la sortie de Washington de l’Accord de Paris sur le climat, empêtrés dans une potentielle guerre commerciale sur l’acier et l’aluminium, les Européens viennent à nouveau de se voir infliger un camouflet par leur «allié» Donald Trump

Une nouvelle déconvenue plutôt humiliante. Alors que les dirigeants des trois principales puissances de l’Union européenne (UE), Emmanuel Macron, Angela Merkel et Theresa May, avaient tenté de convaincre Donald Trump de rester dans l’accord et, pour les deux premiers, s’étaient même succédé récemment à Washington pour faire valoir leurs arguments, ils ont dû à nouveau constater leur échec.

Lire aussi: «Nucléaire iranien: Donald Trump viole un traité international»

L’Italienne Federica Mogherini, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a résumé mardi soir la déception européenne, «regrettant profondément» cette décision et rappelant que cet accord de 2015 était un élément clef pour la sécurité de la région et la lutte contre la prolifération nucléaire. L’Italienne se montrait d’autant plus amère que cet accord avait à l’époque été considéré comme son succès personnel, son «bébé», et comme une victoire majeure de la diplomatie européenne, elle qui peine justement à exister sur la scène mondiale.

Federica Mogherini s’était pleinement impliquée aux côtés des ministres de l’époque, Laurent Fabius, Frank-Walter Steinmeier et Philip Hammond, bâtissant d’ailleurs sur de préalables négociations ardues menées par sa prédécesseur britannique Catherine Ashton. Cet accord de Vienne qualifié d’historique avait même valu à Federica Mogherini d’être un temps considérée comme une potentielle lauréate du Prix Nobel de la paix…

L’analyse de Jean-François Bayart: «Au Moyen-Orient, les Etats-Unis continuent d’empoisonner le jeu régional»

Divergences sur une renégociation

Certes l’accord de 2015 n’est pas mort, ont rapidement affirmé les mêmes Européens. Mardi soir, les dirigeants français, allemand et britannique ont promis de tout mettre en œuvre pour le préserver, ainsi que d’en préserver les avantages économiques pour la population iranienne. Concrètement, les Etats membres de l’UE se retrouveront à 28 le 17 mai prochain à Sofia dans le cadre d’un Sommet européen sur les Balkans occidentaux. Et le président du Conseil européen Donald Tusk les a invités mardi soir à réfléchir à la marche à suivre.

Les chefs de la diplomatie française, britannique et allemande rencontreront lundi 14 mai des représentants iraniens au sujet de l’accord, a annoncé le Français Jean-Yves Le Drian. Et dès ce jeudi 10 mai, Emmanuel Macron s’est rendu à Aix-la-Chapelle pour recevoir un prix – le Prix Charlemagne – saluant son travail pour relancer l’Europe. Une occasion de discuter avec Angela Merkel de la décision américaine.

Les Européens pourront-ils toutefois préserver cet accord comme ils l’affirment? Fin avril, réagissant aux annonces d’Emmanuel Macron faites à Washington selon lesquelles un accord plus large pouvait être envisagé, Federica Mogherini avait exclu toute renégociation du texte de 2015.

Lire également: Nucléaire iranien: «Donald Trump viole un accord international»

Les entreprises européennes pénalisées

La difficulté pour les Européens, outre évidemment leur crainte d’avoir à gérer une nouvelle déstabilisation dans une région pas si lointaine, est principalement économique: leurs entreprises (Airbus, Total, etc.) s’étaient précipitées en Iran après la levée des sanctions et se trouvent aujourd’hui sous le coup du principe d’extraterritorialité du droit américain. Ce principe permet à la justice américaine de poursuivre et sanctionner les entités traitant avec des pays sous embargo dès lors qu’elles sont présentes aux Etats-Unis ou font des transactions en dollars ou avec des banques américaines. Aucun recours n’existe contre ces mesures.

Selon le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, qui l’a déclaré sur les ondes françaises mercredi matin, les Européens devraient donc utiliser le délai qu’il leur reste d’ici à novembre pour prier les Etats-Unis d’exempter les entreprises européennes du retour de nouvelles sanctions… Les sociétés étrangères ont jusqu’à 180 jours pour quitter l’Iran.

Des représailles contre Washington?

Des exemptions aux représailles américaines et un répit. C’est aussi ce que les 28 ont demandé à Donald Trump dans le cadre des tarifs sur l’acier et l’aluminium. Des gestes qui ne leur ont été récemment concédés que pour un petit mois supplémentaire. L’autre grande question qui se pose aux Européens est donc celle de leur patience vis-à-vis de cet allié américain décidément peu sensible à leurs demandes.

Combien de temps les Européens pourront-ils défendre tout seuls le multilatéralisme? Et ont-ils les moyens de vraies représailles, comme ils en ont brandi la menace dans le domaine commercial en ciblant les jeans Levis ou les Harley Davidson?

Ce nouveau revirement américain arrive à un moment délicat pour l’UE, elle-même confrontée au morcellement avec le départ chaotique mais programmé des Britanniques et remise toujours plus en cause par ses propres membres, qui, à l’image du Hongrois Viktor Orban, ont aussi tendance à ne pas aimer les règles établies.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a