Les Russes votaient dimanche lors de législatives vouées à maintenir la domination du parti Russie unie de Vladimir Poutine sur le pays, mais entachées par des accusations de pressions, à l’image de cyber-attaques visant des sites indépendants. A 15H00 de Moscou (11H00 GMT), la participation électorale atteignait près de 42%.

Interrogé par des journalistes sur ses attentes, Vladimir Poutine a répondu qu’il espérait «de bons résultats pour Russie unie».La formation, qui domine le pays depuis une décennie, ne devrait pas d’après les sondages conserver l’écrasante majorité des deux tiers dont elle disposait jusqu’à présent. ONG et opposition ont dénoncé une multitude de pressions exercées, selon elles, pour maintenir sa domination.

Plusieurs sites de médias indépendants et ceux d’une ONG recensant ces infractions étaient inaccessibles dimanche en raison de cyber-attaques orchestrées, selon eux, pour empêcher la diffusion d’informations sur les fraudes.Il s’agit notamment des sites de la radio Echo de Moscou, du quotidien Kommersant, de l’hebdomadaire New Times, de l’ONG Golos ainsi que son site interactif «La carte des fraudes» (http://www.kartanarusheniy.ru). «C’est une attaque massive», a déclaré à l’AFP un porte-parole de Golos, Dmitri Merechko, dont l’organisation est dans le collimateur de la justice russe depuis une semaine.Un autre responsable de Golos, Arkadi Lioubarev, a pour sa part souligné que les fraudes à ces élections étaient «plus importantes qu’aux dernières».

«Propagande illégale»

Le site d’information en ligne indépendant gazeta.ru a pour sa part été accusé par l’agence d’Etat supervisant les médias de «propagande illégale».Le rédacteur en chef de gazeta.ru Mikhaïl Kotov, qui a été convoqué dimanche par le service, s’est vu signifier que «les informations sur Russie unie, accompagnées de commentaires négatifs» prédominaient sur son site.

A Saint-Pétersbourg, Alexeï, 23 ans a confié à l’AFP avoir voté dix fois pour Russie unie contre une prime de 2.000 roubles (près de 50 euros) grâce à un système permettant à un électeur de voter en dehors de son bureau de vote avec un certificat reçu à l’avance. «On m’a donné 30 certificats à mon nom. J’ai eu le temps de faire dix bureaux. Russie unie va de toute façon falsifier les résultats et moi j’ai besoin d’argent avant Noël», a-t-il expliqué.

Zoïa Svetova, journaliste et observatrice indépendante, a affirmé qu’entre 20.000 et 30.000 représentants des jeunesses pro-Kremlin Nachi se livraient à la même pratique à Moscou. «Ils vont d’un bureau à autre avec ces certificats et votent pour Russie unie. Il est très difficile de les attraper», a-t-elle déclaré à l’AFP.

Les habitants du territoire séparatiste géorgien d’Ossétie du Sud, dont la plupart ont un passeport russe, ont voté en nombre dimanche pour le parti au pouvoir, a constaté un photographe de l’AFP. Aucune liste électorale n’étant disponible, certaines personnes semblaient ainsi avoir pu voter à plusieurs reprises.

Rassemblements à Moscou

L’opposition radicale a tenté d’organiser des rassemblements à Moscou pour protester contre le déroulement du vote.Quelque 100 personnes se sont rassemblées place Triumphalnaïa scandant «Honte!» et «Rendez-nous les élections».Une dizaine de personnes dont l’écrivain Edouard Limonov ont été interpellées, a constaté une journaliste de l’AFP.

Plus tôt dans la journée, une poignée de militants du mouvement d’opposition Front de Gauche ont été interpellés près du Kremlin, alors qu’ils tentaient de manifester sans autorisation.Des centaines de policiers ont été déployés dans le quartier de la place Rouge, où des mouvements de l’opposition nationaliste mais aussi les jeunesses pro-Kremlin Nachi ont appelé à des rassemblements dimanche soir.

Le mouvement Nachi a annoncé qu’il réunirait de dimanche à mardi jusqu’à 15000 militants à Moscou pour «neutraliser» toute action visant à contester le scrutin. «Ce sont les élections les plus scandaleuses de l’histoire ( ndlr.: russe)», a déclaré le politologue Dmitri Orechkine, à l’origine du mouvement «Observateur citoyen», associé à l’ONG Golos.«Il n’y aura bien sûr aucune révolution, les gens ne vont pas construire des barricades. Mais tout cela va entraîner la montée du mépris des gens à l’égard des autorités, à la perte de légitimité du pouvoir», a-t-il ajouté.

Quelque 110 millions d’électeurs sont appelés à désigner les 450 députés de la chambre basse du Parlement (Douma) lors d’un scrutin-test pour le Premier ministre russe Vladimir Poutine qui s’apprête à revenir en 2012 au Kremlin, après deux mandats de président (2000-2008).Russie unie, qui contrôlait 315 sièges sur 450 dans cette assemblée, est en perte de vitesse, selon les derniers sondages qui lui prédisent un score de 56% après avoir perdu 12 points en un mois.

Les autres partis pouvant prétendre à des sièges sont les mêmes que ceux de la précédente législature: le Parti Communiste et deux partis considérés comme proches du pouvoir, les nationalistes du LDPR et la formation de centre-gauche Russie Juste.Un parti obtenant plus de 7% des voix est représenté à la proportionnelle à l’assemblée. S’il obtient entre 5 et 6% il n’obtient qu’un siège et si son score est compris entre 6 et 7%, deux sièges lui sont attribués.