L’air est un peu moins irrespirable à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Mardi, les Etats membres ont finalement approuvé le budget pour les années 2014 et 2015 qu’ils avaient refusé de voter en septembre dernier, plongeant l’organisation dans l’incertitude.

Bureaux régionaux

C’est l’ouverture de deux bureaux régionaux en Russie et en Chine qui avait mis le feu aux poudres. Les Etats membres estimaient avoir été mis devant le fait accompli par le directeur australien Francis Gurry, qui briguera au printemps prochain un second mandat à la tête de l’organisation dans une ambiance délétère. Réunis en session extraordinaire jusqu’à mercredi, les pays membres de l’OMPI ont donné leur feu vert aux lignes de crédit pour les bureaux en Russie et en Chine. En revanche, la création de deux bureaux en Afrique et d’un aux Etats-Unis a été remise à plus tard. Mais elle devra avoir l’approbation des Etats membres, une injonction qui sonne comme un avertissement au directeur général, qui s’était imprudemment avancé sur le bureau de Moscou, afin de s’assurer du soutien russe pour sa réélection, selon les détracteurs de l’Australien. Le compromis a été obtenu après d’intenses négociations.

«Personne ne conteste le bien-fondé de l’ouverture de bureaux en Russie, en Chine ou en Afrique», explique Alexandra Grazioli, conseillère pour la propriété intellectuelle à la mission suisse de Genève. Ces régions représentent en effet des marchés d’avenir pour le dépôt de brevets, qui assurent 90% des rentrées financières de l’OMPI. Selon l’organisation, les Chinois ont déposé plus de 560 000 demandes de brevets en 2012, soit une augmentation de 24%. La Russie n’est pas en reste avec une hausse de 6,8%.

«Le problème avec les bureaux régionaux est qu’on ne peut pas décider d’en ouvrir au coup par coup. Il faut une stratégie et un processus transparent», insiste Alexandra Grazioli. D’autant que les candidats se bousculent au portillon. L’Afrique du Sud, le Bangladesh, l’Inde, le Mexique ou même le Zimbabwe. Pas moins de 24 pays voudraient leur bureau, alors que l’organisation n’en a ouvert que trois depuis sa création en 1967.

Lettres anonymes

En revanche, Francis Gurry dément avoir proposé l’ouverture d’un bureau à Téhéran, comme le lui reprochent des parlementaires américains démocrates et républicains qui appellent l’administration Obama à empêcher la réélection de l’Australien. Pour ces élus, le transfert de matériel informatique à l’Iran et à la Corée du Nord révélé en 2012 ne passe toujours pas. L’assistance technique fournie à ces deux pays ne contournait pas les sanctions internationales, rétorque-t-on à l’OMPI.

Une autre affaire embarrassante pour le directeur a ressurgi. Selon la Tribune de Genève, l’Australien a fait procéder à des prélèvements d’ADN sur plusieurs employés soupçonnés d’être les auteurs de lettres anonymes le visant avant son élection à la tête de l’OMPI. Francis Gurry a effectivement porté plainte. «La police genevoise a effectué une enquête en conformité avec ses règles de procédure. Toute autre qualification de ces faits est totalement erronée», affirme-t-il.