Dominant Genève, le Palais des Nations retrouve de l’éclat. A mesure qu’ils sont démontés, les échafaudages laissent apparaître les monumentaux bâtiments construits dans les années 1930 pour accueillir la défunte Société des Nations puis dès 1946 le siège européen des Nations unies. Ces premiers travaux financés par la Suisse ne sont que le prélude d’un énorme chantier.

Cette veille de Noël est cruciale pour la rénovation du Palais des Nations. Réunis à New York, les Etats membres de l’ONU doivent adopter le budget de l’organisation pour 2014 et 2015. Il comprend une tranche de 41,9 millions de francs pour planifier les travaux encore nécessaires et ouvrir le chantier début 2017. La diplomatie suisse s’active pour convaincre de «cet investissement d’avenir» pour l’ONU. En 2012, le Palais des Nations a accueilli plus de 10 000 réunions intergouvernementales, ce qui en fait le cœur de la Genève internationale et de ses 3 milliards de francs de retombées économiques par an pour le canton et la Confédération.

«La dernière fois, l’exercice budgétaire s’était terminé le soir du 24 décembre», se souvient Paul Seger, l’ambassadeur suisse auprès des Nations unies à New York. «Aucune délégation ne remet en cause la nécessité d’une rénovation.» En revanche, le coût de l’opération – 837 millions de francs – a de quoi faire grincer des dents. C’est 219 millions de francs de plus qu’initialement prévu.

La liste des travaux à effectuer est longue: amélioration de l’accès aux personnes handicapées, réfection du système électrique et de la plomberie, remplacement du matériel d’interprétation et de communication dans les salles de conférences, optimisation des espaces de bureaux. Les services du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon disent avoir estimé les coûts au mieux, afin de ne pas répéter les dépassements de crédits de la rénovation du siège new-yorkais.

A Genève, c’est paradoxalement le bâtiment le plus récent qui cause le plus de soucis. Terminée en 1973 et reliée au siège historique par une passerelle, l’annexe E accueille quatre grandes salles de conférences, où siège notamment le Conseil des droits de l’homme, et les étages supérieurs abritent la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). Les dernières études ont révélé qu’il souffrait de faiblesses structurelles qui n’avaient pas été décelées, ce qui explique une bonne part du surcoût.

Le bâtiment ne répond pas aux normes parasismiques, il contient de l’amiante et la dalle souterraine de béton ne supporterait pas le poids de camions pompiers en cas d’incendie. A tel point que Ban Ki-moon propose de détruire en grande partie le bâtiment, ne conserver que les salles de conférence et construire un nouvel immeuble de bureaux juste à côté. L’ONU estime qu’il s’agit de l’option la plus rationnelle et la plus économique.

Cette solution permettrait de rapatrier les quelque 1200 employés de l’ONU qui travaillent dans des bureaux en dehors du Palais, ce qui génère d’importants coûts de location. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme souhaiterait également regrouper tous ses collaborateurs au Palais des Nations et quitter ainsi le Palais Wilson au bord du lac.

«Le Palais des Nations appartient aux 193 pays membres de l’ONU. Sa rénovation sera donc payée par les 193 membres. C’est la même formule qui a été employée pour les travaux à New York. Il n’y a aucune raison pour qu’il en soit différent pour Genève», affirme Paul Seger. Voilà pour le principe mais la Suisse est prête à faire plus que sa part.

La Confédération a déjà consenti un don exceptionnel de 50 millions de francs pour les premiers travaux qui sont en train d’être achevés. Ils comprennent la rénovation d’une partie de la toiture, le remplacement de milliers de fenêtres et de verrières en simple vitrage ou l’installation de panneaux solaires. L’Etat hôte a également proposé de financer jusqu’à 50% du coût du futur chantier sous la forme de prêts à taux préférentiels. La question de leur durée et des taux d’intérêt exacts est encore ouverte. Une décision positive à New York permettrait d’entamer les négociations concrètes avec la Suisse.

C’est paradoxalement le bâtiment le plus récent, l’annexe E, qui cause le plus de soucis