États-Unis

Le vote des «midterms» reflète une Amérique polarisée et divisée

Les candidats pro-Trump ont raflé la mise dans des bastions conservateurs. Mais le scrutin a aussi vu l’émergence d’un nombre record de femmes et de représentants de minorités

Les Etats-Unis se sont réveillés avec un nouveau visage, après une vive campagne, des duels féroces et une nuit électrique. Dès janvier 2019, le 116e Congrès américain sera composé d’un Sénat en mains républicaines et d’une Chambre des représentants désormais à majorité démocrate. Si la plupart des sondages prédisaient ce scénario, les «midterms» ont laissé place à plusieurs surprises.

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Beto O’Rourke s’est bien défendu

Au Texas d’abord, le démocrate Beto O’Rourke, une des figures marquantes de ces élections, a donné des sueurs froides au sénateur républicain Ted Cruz jusqu’à la toute dernière minute, tant les deux adversaires étaient au coude à coude. Les démocrates, sans sénateur de l’Etat conservateur depuis 1988, n’ont finalement pas obtenu la victoire espérée. Au Sénat, ils ont au final perdu deux sièges, permettant aux républicains de renforcer leur majorité. Ces derniers partaient avec une longueur d’avance: sur les 35 sièges sur 100 du Sénat à renouveler, les démocrates devaient en défendre dix dans des Etats pro-Trump.

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Les démocrates ont par contre engrangé en tout cas 26 sièges à la Chambre des représentants, ce qui leur a permis de reprendre la majorité perdue en 2010. Ils ont réussi à prendre des sièges aux républicains en Floride, dans le Colorado, dans le New Jersey, en Pennsylvanie, en Virginie, dans l’Etat de New York ou encore au Kansas. Ils sont parvenus à insuffler de la diversité au Congrès et ont bénéficié de l'«effet femmes», mobilisées plus que jamais en pleine ère #MeToo.

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Deux premières élues musulmanes

Pour la première fois, deux musulmanes, dont l’une porte le voile islamique, font leur entrée au parlement: Rashida Tlaib (Michigan), d’origine palestinienne, et Ilhan Omar (Minnesota), arrivée aux Etats-Unis après avoir fui la guerre en Somalie. Deux Amérindiennes ont aussi été élues à la Chambre des représentants, dont Sharice Davids (Kansas), qui revendique son homosexualité, autre rareté au Congrès.

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C’est aussi des rangs démocrates qu’est désormais issue la plus jeune élue du parlement: Alexandria Ocasio-Cortez, plébiscitée à New York après une campagne très à gauche, a 28 ans. Elle avait créé la surprise en battant Joe Crowley, un dinosaure de la politique, aux primaires démocrates. Autre élection à signaler: celle de Jared Polis, dans le Colorado, comme premier gouverneur ouvertement gay, père de deux enfants.

Bastions ruraux

Du côté des républicains, Mitt Romney, ex-candidat à la présidentielle, entre au Sénat. Les républicains confirment surtout leur mainmise sur les bastions ruraux, à l’exception de certaines poches en Floride par exemple. C’est justement dans cet Etat que s’est déroulé un autre duel très observé: le démocrate Andrew Gillum, qui espérait devenir le premier gouverneur noir de Floride, versus le très conservateur Ron DeSantis. Deux hommes que tout sépare, et qui symbolisent cette Amérique écartelée entre deux extrêmes. Au final, et c’est révélateur, c’est le trumpiste qui a gagné, malgré des propos racistes tenus à l’égard de son adversaire.

Pour les démocrates, miser sur un candidat symbolisant cette nouvelle génération de démocrates très à gauche était un test, qui ne s’est pas révélé concluant. Ils devront en tirer des conséquences pour 2020. Dans ce même «Swing State», le républicain Rick Scott, ex-gouverneur de l’Etat, a également obtenu son siège au Sénat en battant le sortant démocrate Bill Nelson. Cette tendance ne s’est toutefois pas vérifiée dans le Kansas, un Etat très conservateur, où le favori, Kris Kobach, un républicain, a été battu par la démocrate Laura Kelly. Une autre surprise de ces élections.

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Santé vs immigration

Les démocrates ont essentiellement fait campagne en promettant une meilleure couverture santé aux Américains et en se présentant comme un rempart contre les idées trumpistes. De leur côté, les républicains ont été emportés par un président qui a tout misé ces derniers jours sur le thème clivant de la migration, avec l’arrivée d’une caravane de migrants en provenance d’Amérique centrale. Donald Trump s’est beaucoup investi, en multipliant les meetings. Il s’est notamment rendu au Texas, conscient que Ted Cruz risquait gros. Son implication a probablement pesé dans les résultats des élections.

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