Dans plusieurs bureaux de vote de la capitale Khartoum, la situation était calme lundi, les électeurs attendaient patiemment de voter pour ces élections présidentielle, régionales et législatives, qui se déroulent sur trois jours. Il s’agit du premier scrutin multipartite au Soudan depuis 1986.

De nombreux problèmes logistiques ont compliqué le déroulement de la première journée de vote, au point que la commission électorale a reconnu des «erreurs techniques». Certains bureaux ont ouvert en retard, d’autres n’avaient pas reçu de bulletins de vote, ou seulement des bulletins d’une autre circonscription. Ce qui n’a pas empêché dimanche, le processus électoral de se dérouler «dans le calme», a déclaré l’ex-président américain Jimmy Carter, dont la fondation observe le scrutin.

Les bureaux de vote ont réouvert ce lundi à 8 heures (7 heures en Suisse) et doivent fermer à 18 heures (17 heures) dans l’ensemble du pays, le plus grand d’Afrique, sauf dans l’Etat du Nil blanc où la commission électorale a annoncé dimanche une prolongation des heures de scrutin en raison de problèmes techniques qui ont miné la première journée de vote.

Quatre jours de plus?

Les ex-rebelles sudistes du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) ont demandé à ce que le scrutin, qui dure de dimanche à mardi, soit prolongé jusqu’à samedi. Le gouverneur de l’Etat de Khartoum, Abderahman al-Khidr, membre du Parti du congrès national (NCP, celui du président Béchir) a affirmé qu’il allait demander la tenue de trois autres jours de vote si les trois premiers jours prévus ne suffisaient pas.

Des partis d’opposition boycottent le scrutin mais le nom de leur candidat demeure inscrit sur les bulletins de vote qui ont été imprimés avant l’annonce de boycottage. «Les noms de tous les candidats sont toujours sur les bulletins de vote», a indiqué Jimmy Carter soulignant que des candidats locaux de certains partis ayant boycotté le scrutin avaient néanmoins fait campagne.

«Ce sera une journée de vote très intéressante, je pense que la compétition sera très serrée hormis pour la présidentielle», a ajouté Jimmy Carter. Le sortant Omar el-Béchir en est le grand favori, mais des surprises pourraient survenir aux législatives et régionales. 450 sièges à l’Assemblée nationale et des postes de gouverneur dans 25 Etats sont enjeux. Ce qui rend ces votations compliquées: dans certains Etats du sud, les électeurs devront se prononcer sur douze objets. Pour l’instant, même au Darfour, en guerre depuis 2003, les taux de participation semblent élevés.

Ces élections sont une composante clé de l’accord de paix ayant mis fin en 2005 à deux décennies de guerre civile entre le Nord, musulman, et le Sud, en grande partie chrétien et animiste, du Soudan, avec le référendum de janvier 2011 sur la sécession du Sud-Soudan. «Si les gagnants et les perdants acceptent les résultats de bonne foi, alors je pense que cela ouvrira la voie à une période intérimaire pacifique entre aujourd’hui et janvier», a affirmé l’ex-président américain.

Au total 16 millions de Soudanais doivent participer à ces élections complexes qui devraient reconduire au pouvoir le président Omar el-Béchir, qui a voté dimanche pour la première fois dans un scrutin multipartite depuis son coup d’Etat militaire de juin 1989.