Il est très ému quand il évoque son parcours, de sa naissance en 1930 à Reting, petit village à l'extérieur de Lhassa, jusqu'à son arrivée en 1990 à Zurich où il a déposé une demande d'asile. Sa vie, au sein de la famille royale, bascule en 1958, quand l'armée chinoise envahit le Tibet. Le jeune homme a alors 23 ans et s'engage dans la résistance. Deux ans plus tard, il est grièvement blessé et fait prisonnier. Il passe près de deux mois les mains menottées et les pieds enchaînés dans une minuscule cage sans lumière. Puis, il est baladé de prison en prison, jusqu'en 1982. «On me reprochait d'être né dans une famille aristocrate. Mon crime était d'avoir appartenu à la classe dirigeante, raconte le Tibétain. J'ai subi la violence, des interrogations interminables mais surtout l'humiliation. Les bourreaux voulaient me pousser à renier ma foi en le dalaï-lama.»

Quand Tenpa Tsering sort des geôles rouges, il apprend que sa première femme est morte; que la seconde a refait sa vie avec un autre homme. Il se marie une troisième fois, revit. Le Tibet est toujours occupé, mais la résistance n'a pas capitulé. En 1987, il participe de nouveau à une manifestation. L'armée tire dans la foule. Une balle lui traverse le corps. Il sera hospitalisé pendant des mois et dépense une fortune pour se faire soigner. En 1988, Il va mieux mais se fait pincer dans une rafle de résistants. Il est récidiviste, on lui réserve un traitement particulièrement inhumain. C'en est trop. Tenpa Tsering prend la douloureuse décision de fuir son pays natal, avec l'aide de deux touristes américains. Il se retrouve en Suisse en 1990. En exil, il est l'homme de toutes les manifestations tibétaines. La présence du vieux sage est sollicitée partout en Europe où le mouvement pour l'indépendance du Tibet bénéficie de larges soutiens. Il anime par ailleurs une organisation d'anciens prisonniers basée à Dharamsala (nord de l'Inde), là où se sont réfugiés le dalaï-lama et des milliers de Tibétains. Depuis, le combat de Tenpa Tsering se poursuit sans relâche avec les encouragements de ses deux filles et celui, très médiatique, de l'acteur américain Richard Gere qui s'est déplacé pour le soutenir lors d'une grève de la faim à Genève en 1999.