Un attentat-suicide dans le quartier d’affaires parisien de la Défense: tel était, selon la justice, l’autre projet du commanditaire présumé des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, tué par la police lors spectaculaire assaut survenu à Saint-Denis le 18 novembre.

L’information sur cette nouvelle attaque a été donnée mardi soir par le procureur de la République François Molins, aux commandes de l’enquète qui mobilise, coté Français, prés de 800 policiers et une vingtaine de juges antiterroristes. Elle s’accompagne d’une autre révélation de taille: l’existence d’un deuxième homme en fuite, en plus de Salah Abdeslam recherché depuis dix jours par toutes les polices européennes. Il s’agirait de Mohamed Abrini, 25 ans, belgo-marocain lui aussi originaire de Molenbeek (Belgique) dont l’itinéraire laisse penser qu’il pourrait avoir servi d’artificier aux trois commandos descendus semer la mort à Paris le 13, à partir de 21h20: le commando du stade de France, où des doutes persistent sur l’identité de deux des trois kamikazes morts; le commando du Bataclan, dont un des membres reste à identifier; et le commando des «terrasses «dirigé semble-t-il par Abaaoud.

Ce présumé artificier pourrait avoir confectionné les ceintures d’explosifs activées par les terroristes, dont la police a retrouvé lundi un exemplaire jeté aux ordures à Montrouge, dans la banlieue sud de Paris, où Salah Abdeslam a été localisé jusqu’à minuit le jour des tueries grâce à son téléphone portable. Parti d’un logement loué à Bobigny, près de Saint-Denis, ce dernier aurait convoyé le commando du Stade de France avant d’abandonner son véhicule dans le 18ème arrondissement. Devait-il y commettre un autre attentat? Pas de réponse pour l’heure. Salah Abdeslam pourrait, pour une raison encore inconnue, avoir alors rejoint l’artificier présumé des groupes dans le sud parisien, avant d’être récupéré à l’aube par deux de ses amis belges, Hamzah Attou et Mohamed Amri, contrôlés dimanche à 9h10 à Cambrai, prés de la frontière, et aujourd’hui sous les verrous en Belgique. La présence de Mohamed Abrini aux côtés de Salah Abdeslam avant les attentats a été confirmée le 11 novembre par la vidéo surveillance d’une station-service située sur l’autoroute A1 qui relie Bruxelles à Paris. L’un des frères de Salah, Ibrahim, s’est fait sauter seul au café le Comptoir Voltaire, non loin des lieux des fusillades.

Même s’il s’est considérablement ressérré, avec plus 1200 perquisitions et 165 interpellations opérées en France depuis la nuit tragique, l’étau policier ne permet pas encore d’avoir une image complète des événements. Il est clair en revanche que les actions terroristes étaient coordonnées, et qu’elles bénéficiaient d’une logistique (voitures, explosifs) commune. Ce que les terroristes survivants ont faits après être passé à l’acte contre les terrasses reste en revanche flou. Abdelhamid Abaaoud, traqué, se serait réfugié dans l’urgence le 17 novembre à Saint-Denis, rue du Corbillon, grâce à l’intervention de sa cousine Hasna, tuée lors de l’assaut. L’homme qui louait ce logement, Jawad Bendaoud, a été inculpé hier à l’issue de six jours de garde à vue.