«Cette ligne de chemin de fer n'est qu'une nouvelle illustration de la colonisation massive du Tibet par la Chine.» Lobsang Gangshontsang, le président de l'Association des Tibétains en Suisse et au Liechtenstein (TGSL), est révolté. L'exilé dénonce ce nouvel outil d'expansion migratoire. Il rappelle que, suite aux transferts massifs de population d'ethnie chinoise au Tibet, les Tibétains forment déjà une minorité dans leur propre pays et que le renforcement récent de ces transferts de population risque d'entraîner la disparition pure et simple du peuple tibétain. «Le seul objectif est d'asseoir définitivement la puissance chinoise au Tibet», dénonce-t-il. Et les retombées économiques ne seront pour lui que quantité négligeable pour les Tibétains: «La majorité des entreprises qui profitent de ce développement sont des compagnies chinoises.»

«Les 90% des ouvriers du chantier sont Chinois. Pourquoi n'ont-ils pas été recrutés parmi les Tibétains?» s'interroge Tenzin Samphel, chargé des questions de droits de l'homme au Bureau du Tibet, à Genève. «Beaucoup d'argent chinois a été investi au Tibet pour le développement des infrastructures. Mais tous les investissements ne concernent que les zones urbaines, des villes dans lesquelles ce sont les Chinois qui assurent la domination, précise-t-il. Or, 80% de la population tibétaine se situe dans les zones rurales.»

Pas plus d'espoir au niveau des retombées sur le tourisme. Car le principal enjeu consiste pour les exilés à attirer l'attention de la communauté internationale sur la situation politique de la région. Or «tous les guides sont recrutés en Chine, pour que la population tibétaine ne puisse pas s'exprimer librement face à des touristes», déplore Tenzin Samphel.

«Les agences de voyages devraient expliquer la situation du Tibet, poursuit Régis de Battista, président du Comité de soutien au peuple tibétain et membre de la Porte du Tibet, à Genève. Les prisons de Lhassa sont pleines à craquer d'opposants à la Chine.» Et le militant de poursuivre: «Derrière tout ça, c'est le deuxième visage de la Chine, le plus terrible, qui se cache. Le Parti communiste chinois organise au Tibet une colonisation forcée. Car beaucoup de Chinois n'ont pas envie de s'y établir. Ils y sont obligés par le régime de Pékin.»