Tony Blair n'a jamais été un chef de gouvernement très discret. Mais depuis le début des frappes aériennes, c'est d'ubiquité qu'il faut parler. Tony Blair est partout sur le front médiatique. Plus le scepticisme grandit sur l'efficacité des bombardements, plus son discours se muscle, empruntant des accents à la détermination quasi thatchérienme pour défendre la justesse de la cause.

Mieux, le dirigeant britannique souhaite prendre personnellement la tête de la croisade occidentale, comme il l'expliquait mercredi soir à Chicago. Selon Blair, «une nouvelle doctrine de la communauté internationale est nécessaire» pour répondre à la succession de plus en plus rapide des crises globales, qu'elles soient financières, politiques ou humanitaires. «Que nous le voulions ou non, nous sommes aujourd'hui tous des internationalistes», a insisté l'occupant du 10 Downing Street.

A Londres, on remarque surtout que les habits guerriers de Margaret Thatcher vont comme un gant à Blair. Au début des années 90, l'intransigeance de la Dame de fer aurait converti George Bush à l'option militaire contre l'Irak. Pas totalement acquis à l'idée d'une intervention terrestre au Kosovo, Tony Blair fait néanmoins figure de tête de file du camp des faucons face à Slobodan Milosevic. Mais il existe encore un certain décalage entre le tropisme belliqueux de Blair et les moyens qu'il serait prêt à utiliser pour parvenir à ses fins.

Cela n'a pas échappé à la sagacité de l'éditorialiste du Economist, qui écrivait dans sa dernière édition que si «Blair est réellement révolté par les atrocités serbes au Kosovo, […] un dirigeant britannique qui invoque l'esprit des années 40 n'a pas le droit de flancher quand on évoque le prix du sang et des larmes. Le problème est que la Grande-Bretagne n'est peut-être pas capable de payer ce prix, même avec le soutien de l'opinion publique». Comme l'explique l'hebdomadaire, la principale contribution de l'Angleterre à la guerre du Golfe fut… le soutien verbal sans faille de Margaret Thatcher. Côté militaire, l'apport britannique fut plutôt maigrichon.

On retrouve la même disparité dans les Balkans, où Londres a déployé 25 avions seulement (contre 73 à la France et 463 aux Etats-Unis). Même après l'envoi de renforts, les soldats de Sa Majesté basés en Macédoine ne seraient que 8000, «beaucoup trop peu pour ne pas passer pour des seconds couteaux quand il s'agira de participer à une guerre contre l'armée yougoslave», écrit l'influent hebdomadaire.

A son arrivée au pouvoir, Tony Blair avait annoncé que son équipe allait mener une politique étrangère «éthique et morale». Londres se fait donc à peu à peu à l'idée que les frappes chirurgicales ne suffiront pas et qu'il faudra bien, d'une manière ou d'une autre, forcer les portes du Kosovo. Comment? Robin Cook, secrétaire au Foreign Office, expliquait cette semaine qu'on pouvait envisager des circonstances dans lesquelles Slobodan Milosevic n'aurait pas capitulé, en tout cas pas officiellement, mais aurait laissé ses troupes battre en retraite. Dans ces conditions, une invasion terrestre du Kosovo par des armées «légères» de l'OTAN pourrait faire l'affaire. «La Grande-Bretagne pourrait alors expliquer à quel point son intervention fut décisive, même sans participation militaire massive», dit un observateur attentif de Westminster. La guerre du Kosovo, comme les frappes sur Bagdad fin 1998, permettrait ainsi à Tony Blair de prétendre à une forme de leadership planétaire, disproportionné en regard de la taille et de la puissance réelle du Royaume-Uni.