Son logo sur Twitter? Un petit scribe assis en tailleur, avec des lunettes, et un ordinateur portable sur les genoux – muni, faut-il vraiment le préciser, d’une pomme. Sur son turban est juché un oiseau – une colombe forcément, l’oiseau de la paix.

Waël Ghonim, cadre chez Google et cyber-militant icône du soulèvement contre le président Hosni Moubarak, est devenu l’un des visages qui représentent la révolution, notamment depuis qu’il est passé à la télévision cette semaine pour relater les 12 jours d’emprisonnement qu’il a vécus, aux mains des redoutés services de sécurité d’Etat.

Certains affirment que c’est son témoignage tellement sincère, et tellement touchant, qui a drainé les foules le lendemain place Tahrir, où l’affluence était l’une des plus importantes depuis le début de la contestation, il y a 17 jours.

C’est à l’issue de son arrestation qu’il a révélé qu’il était l’administrateur, jusqu’ici anonyme, de la page Facebook «Nous sommes tous Khaled Saïd» (du nom de ce jeune homme battu à mort par la police) qui a rassemblé des centaines de milliers d’opposants au président. Une page où les déclarations lyriques, les critiques virulentes et les hymnes à l’Egypte dessinent le portrait d’une jeunesse qui rêve de liberté et d’avenir, très idéaliste parfois, tout en gardant les pieds sur terre.

Le message de Waël Ghonim se veut limpide: «Je promets à chaque Egyptien que je reviendrai à une vie normale et que je ne m’impliquerai pas en politique une fois que les Egyptiens auront réalisé leur rêve», a-t-il dit sur son compte Twitter ce jeudi.

Formé à l’Université américaine du Caire, M. Ghonim est normalement installé à Dubaï, où il est responsable du marketing de Google pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Il était rentré incognito au Caire pour participer à la première des manifestations géantes exigeant le départ du chef de l’Etat.

Son parcours, son charisme et son aisance à communiquer ont fait de lui la personnalité emblématique de la révolte égyptienne, même si lui-même récuse l’idée, refusant absolument de prendre, voire de monopoliser la parole publique au détriment de ses «Frères» de la place Tahrir.

Le jeune homme a accordé ce mercredi une interview en anglais à la chaîne américaine CNN dans laquelle il s’est dit «prêt à mourir» pour le changement en Egypte.

«Ce n’est plus l’heure de négocier», a-t-il déclaré, ne cachant pas des pleurs en évoquant les manifestants décédés – au moins 300, selon les chiffres de l’ONU. «Je vous le dis, je suis prêt à mourir», a-t-il ajouté, montrant à l’écran son testament dans lequel il lègue ses biens à sa femme en cas de décès. «J’ai beaucoup à perdre dans cette vie. Je travaille pour la meilleure entreprise du monde, j’ai la meilleure épouse et j’adore mes enfants. Mais je veux bien tout perdre pour que mon rêve se réalise, personne ne pourra empêcher nos désirs de se réaliser. Personne», a encore déclaré le jeune trentenaire.

S’adressant au vice-président égyptien, Omar Souleimane, ex-chef des services secrets, M. Ghonim a poursuivi: «Vous ne nous arrêterez pas.» «Enlevez-moi. Enlevez tous mes collègues. Jetez-nous en prison. Tuez-nous. Faites tout ce que vous voulez – nous nous réapproprions notre pays. Vous et vos hommes, vous avez ruiné ce pays depuis 30 ans. Assez, assez, assez», a-t-il lancé.

«C’est un crime», a-t-il dit à propos des manifestants morts dans des heurts contre les partisans du régime. «(Moubarak) doit démissionner», a-t-il insisté. «Si vous êtes de vrais Egyptiens, des Egyptiens héroïques, c’est le moment de démissionner.»

«On voulait négocier, mais ils ont décidé de négocier avec nous avec des balles en caoutchouc, des matraques, des canons à eau, des gaz lacrymogènes et l’arrestation d’environ 500 personnes. Merci. Nous avons compris le message.»