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Wang Qishan derrière le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre Li Keqiang
© Mark Schiefelbein/AP

Chine

Wang Qishan, le discret numéro deux du régime chinois

Le premier mandat du président Xi Jinping, qui vient de s’achever, a été marqué par une campagne anti-corruption sans précédent. Elle est l’œuvre de Wang Qishan, un homme de l’ombre considéré comme le deuxième homme le plus puissant du pays

Mercredi dernier, lors du discours qu’il a prononcé à l’ouverture du Congrès du Parti communiste chinois, le président Xi Jinping a réaffirmé l’importance de poursuivre la campagne anti-corruption initiée en 2012. Il s’agit de la «plus grande menace» affrontée par le régime, a-t-il dit, en promettant d’introduire une nouvelle loi pour remplacer le système actuel de détentions secrètes et extrajudiciaires – appelé shuanggui.

Lire aussi: Xi Jinping, un «petit timonier» au pouvoir constamment amplifié

Cette campagne anti-corruption sans précédent a pris dans ses filets 1,34 million de cadres et plus de 250 officiels de haut niveau depuis son lancement. Elle a également eu un effet sur l’horlogerie suisse, les montres de luxe étant prisées comme pots-de-vin.

«Un outil politique»

«Xi Jinping est habité par une peur viscérale de voir le parti s’effondrer en raison de la corruption de ses membres et a donc décidé de la traquer sans merci», note Willy Lam, un expert de la politique chinoise à l’Université chinoise de Hongkong. Il a notamment brisé un tabou en faisant condamner à la prison à vie le responsable de l’appareil sécuritaire Zhou Yongkang, qui faisait partie du Comité permanent du Politburo, l’organe le plus puissant du pays.

«Mais il s’est aussi servi de cette campagne comme d’un outil politique pour se défaire de ses rivaux politiques», juge Willy Lam. Il a ainsi fait tomber Ling Jihua, un fidèle associé de son prédécesseur Hu Jintao, le chef de la province de Chongqing Bo Xilai, considéré comme une étoile montante du parti, et son successeur Sun Zhengcai, arrêté en juillet et longtemps perçu comme un candidat potentiel à la présidence chinoise pour 2022. «Cela a permis de supprimer les diverses cliques politiques au sein du parti et de l’unifier sous la direction d’un seul homme», indique Zhu Jiangnan, une spécialiste de la corruption à l’Université de Hongkong.

Or, cette campagne est l’œuvre d’un seul homme: Wang Qishan, qui dirige depuis 2012 le Comité central pour l’Inspection disciplinaire, l’instance chargée de lutter contre la corruption. «Il est unanimement considéré comme le numéro deux du régime et bénéficie d’une vaste autonomie», relève Willy Lam. Lui et Xi Jinping se connaissent depuis l’époque de la Révolution culturelle, lorsqu’ils ont été exilés dans le même village rural, dans le Shaanxi.

«Pompier en chef»

Avant d’occuper cette position, ce diplômé en histoire a notamment posé les bases de la vaste offensive anti-pauvreté initiée par l’Empire du Milieu dès les années 1980. Il a ensuite dirigé plusieurs banques, dont la China Construction Bank, contraint de gérer les suites de la crise financière asiatique de 1997. En 2003, il a pris les rênes de la ville de Pékin, où il a notamment dû s’occuper de l’épidémie du SRAS, qui a fait 190 morts dans la capitale, et des préparatifs pour les Jeux olympiques de 2008. La même année, il est devenu vice-premier ministre, chargé d’épargner à la Chine les effets de la récession de 2008. «Ces divers rôles lui ont valu une réputation de pompier en chef, toujours prêt à être déployé en cas de crise», note Zhu Jiangnan.

Ils lui ont également conféré une expertise importante en matière économique. «Wang Qishan continue de jouer un rôle important en tant que conseiller financier du président», fait remarquer Willy Lam. Certains déplorent d’ailleurs le manque d’attention apporté par sa campagne anti-corruption au domaine bancaire et financier, qui abrite de nombreux protégés et anciens collègues de ce politicien discret. «La plupart des dirigeants d’entreprise ont jusqu’ici été épargnés, glisse le politologue. Tout comme les enfants des membres fondateurs du régime, ceux qu’on appelle l’aristocratie rouge, et dont Wang Qishan est lui-même issu.»

Alors que le 19e Congrès du Parti communiste se termine ce mercredi, tous les regards sont braqués sur cet homme de 69 ans qui recommande régulièrement à ses subordonnés de regarder la série House of Cards et de lire Tocqueville. De nombreux observateurs pensent qu’il conservera sa place au sein du Comité du Politburo, alors qu’il a atteint l’âge de la retraite. En septembre, il a tenu deux rencontres de haut niveau avec le premier ministre singapourien Lee Hsien Loong et l’ex-stratège de Donald Trump Steve Bannon. S’il devait rester au sommet du pouvoir, cela créerait un précédent ouvrant la voie à un troisième mandat pour Xi Jinping, qui aura lui aussi 69 ans en 2022.

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