Washington a donné mercredi une série de gages montrant sa volonté de reconstruire l'alliance avec l'Union européenne et de travailler en concertation avec ses partenaires plutôt que contre eux, face à la Russie et la Chine. Le secrétaire d'Etat Antony Blinken a lancé mardi à l'OTAN cette opération de persuasion qui sera conclue jeudi soir par Joe Biden lors de son intervention pendant le sommet des dirigeants de l'UE.

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Les messages délivrés par Washington sont une douce musique à l'oreille des Européens car ils apaisent nombre de leurs inquiétudes. «Pas question de forcer les alliés à faire un choix entre «nous ou eux» avec la Chine», a assuré mercredi Antony Blinken lors d'une réunion avec ses homologues de l'OTAN. «Nous savons que nos alliés ont des relations complexes avec la Chine qui ne s'aligneront pas toujours», a-t-il reconnu.

Les Européens ont toujours montré leur réticence à embarquer dans la relation conflictuelle avec Pékin voulue par Donald Trump. Ils ont conclu fin décembre 2020 un accord avec la Chine sur les investissements réclamé par l'Allemagne. Mais ils se sont heurtés aux limites de la coopération avec Pékin lorsqu'ils ont demandé des engagements sur le travail forcé et la fin des persécutions contre les Ouïghours. «Il y a des oppositions très fortes au sein de L'UE sur cet accord et les conditions politiques pour le signer ne sont pas réunies», a confié mercredi un diplomate avant le sommet européen. Washington n'a pas eu besoin d'intervenir.

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Plus facile face à Moscou

L'harmonie avec l'UE est plus facile face à Moscou. «Même si nous travaillons avec la Russie pour promouvoir nos intérêts et ceux de l'Alliance, nous nous efforçons également de faire en sorte que la Russie rende compte de ses actions imprudentes et conflictuelles», a souligné Antony Blinken.

Comme sur la Chine, Washington s'est coordonné avec les Européens pour sanctionner la condamnation de l'opposant Alexeï Navalny et la répression contre ses partisans. Le président Joe Biden n'hésite pas à heurter certains alliés. Il a fait bloquer l'achèvement du gazoduc Nord Stream 2, dont la construction divise les Européens. Antony Blinken n'a fait aucune concession sur ce point lors de son entretien avec son homologue allemand Heiko Maas.

Mais les Etats-Unis ont assoupli leur position sur les financements pour les dépenses militaires. Première économie de l'UE, l'Allemagne peine à atteindre l'objectif de 2% de son PIB pour la défense en 2024. «Nous reconnaissons la nécessité d'adopter une vision plus globale du partage des charges», a annoncé mercredi Antony Blinken à l'OTAN. La rupture est totale avec Donald Trump, qui rudoyait les Allemands, accusés d'être «mauvais payeurs» et de contribuer à l'effort de guerre de la Russie par leurs achats de gaz.

Mesure des enjeux

Le secrétaire d'Etat américain a également écouté et répondu aux préoccupations manifestées par de nombreux alliés européen face au comportement agressif de la Turquie. Lors de son entretien avec son homologue turc Mevlüt Çavusoglu, il a «exhorté la Turquie à ne pas conserver le système de défense aérienne russe S-400, s'est dit préoccupé par le retrait de la Turquie de la Convention d'Istanbul (sur la protection des femmes) et a souligné l'importance des institutions démocratiques et du respect des droits de l'homme», a affirmé son porte-parole Ned Price.

«Blinken a montré que Washington prend la mesure des enjeux avec sa volonté de revitaliser l'Alliance et la relation avec l'Union européenne», a confié mercredi à l'AFP un diplomate européen. «Le fait que le président Biden s'adresse aux dirigeants européens pendant leur sommet passe le bon message sur sa volonté sincère de consulter les alliés avant toute prise de décision», a-t-il conclu.