La cheffe de la diplomatie «Condi» Rice, en brisant le tabou iranien, a pris un sérieux risque. Depuis plus de vingt-cinq ans, les Etats-Unis excluaient de négocier publiquement avec Téhéran, et cet interdit avait été encore renforcé sous George Bush: on ne parle pas avec un Etat qui soutient le terrorisme. Maintenant que l'offre d'un marché a été faite, et qu'est tombée la réponse iranienne, forcément ambiguë, les faucons, à Washington, affichent leur mauvaise humeur.

Jusqu'à présent, la doctrine américaine pour l'Iran privilégiait l'affrontement feutré. L'objectif, à long terme, était un changement de régime. Les groupes d'opposition reçoivent des millions de dollars. La dissidence des minorités est discrètement attisée: les Azéris (un quart de la population) sont ces jours dans la rue pour défendre leurs droits.

La main tendue de Rice, même avec précaution, est un sacré retournement. Pour Danielle Pletka, du très offensif American Entreprise Institute, c'est une trahison des promesses de démocratie dans la région. Le Wall Street Journal, dans un éditorial grinçant, souhaite bonne chance à la secrétaire d'Etat. Mais le quotidien des affaires est totalement sceptique. Il ricane de cette diplomatie qui avoue sa faiblesse: Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, a obtenu une concession des Etats-Unis en refusant de coopérer (avec les Européens et l'ONU).

Dick Cheney, hostile à l'initiative du Département d'Etat, ne dit rien pour le moment, pour ne pas contredire le président. Le vice-président fait partie de ceux qui croient à une confrontation sur le nucléaire, mais admettent que dans l'immédiat l'Amérique explore d'autres voies. Robert Blackwill, qui fut l'adjoint de Rice au Conseil national de sécurité, tient pour naïfs ceux qui croient pouvoir dissuader l'Iran autour d'une table de négociation. C'est l'Amérique, dit-il, qui est dissuadée. Les Etats-Unis ont discuté directement et indirectement avec la Corée du Nord pour lui faire renoncer à l'arme atomique. En vain: Pyongyang, aujourd'hui, a la bombe. Les Iraniens ont compris cette leçon. Ils gagnent du temps.