Les Etats-Unis ont imposé lundi des sanctions unilatérales très controversées pour renforcer la pression sur l'Iran au moment même où les Nations unies (ONU) célèbrent le multilatéralisme.

Nouveau décret présidentiel à l'appui, Donald Trump a annoncé des mesures punitives contre 27 personnes ou entités, officiellement au nom du respect de sanctions de l'ONU contre Téhéran pourtant contestées par le reste du monde. «Mon gouvernement utilisera tous les moyens à sa disposition pour bloquer les ambitions iraniennes en matière d'armes nucléaires, balistiques et conventionnelles», a prévenu le président américain.

Parmi les mesures, des sanctions visant le ministère iranien de la Défense, l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, et même le président vénézuélien Nicolas Maduro, accusé d'aider l'Iran à «contourner l'embargo de l'ONU sur les armes». La plupart étaient en fait déjà sur d'autres listes noires américaines.

Les Etats-Unis poursuivent l'offensive

Mais ces annonces symboliques marquent une nouvelle escalade de la part de l'administration Trump, puisqu'elles sont censées permettre de faire respecter des sanctions onusiennes considérées comme imaginaires par ses adversaires comme par ses alliés.

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Les Etats-Unis ont, en effet, affirmé ce week-end que «toutes les sanctions de l'ONU contre la République islamique d'Iran» étaient de «retour», à la suite d'une procédure contestée qu'ils ont eux-mêmes déclenchée. Ces sanctions avaient été levées en vertu de l'accord international conclu en 2015, lorsque Téhéran s'est engagé à ne pas se doter de l'arme nucléaire.

Or le président Trump, jugeant insuffisant ce texte négocié par son prédécesseur Barack Obama, en a retiré avec fracas en 2018 son pays, qui a dans la foulée rétabli voire durci ses propres sanctions bilatérales.

A présent, dans une pirouette juridique, les Etats-Unis invoquent leur statut de pays «participant» à cet accord pour rétablir les sanctions, ce que conteste la quasi-totalité des autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU.

Une manoeuvre illégale pour la communauté internationale

Pour le reste du monde, donc, il ne s'est strictement rien passé ce week-end. Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a balayé les nouvelles sanctions. «Il n'y a rien de nouveau», «les Etats-Unis ont déjà mis toute la pression qu'ils pouvaient sur l'Iran» sans réussir à mettre les Iraniens «à genoux», a-t-il estimé lundi lors d'une conférence virtuelle organisée par le cercle de réflexion Council on Foreign Relations.

Les Européens ont, eux aussi, estimé que la manoeuvre américaine était «sans effet en droit», alors même que le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo les appelait à «appliquer ces sanctions». «Nos mesures aujourd'hui sont un avertissement qui doit être entendu par le monde entier», a-t-il lancé, contestant l'idée d'un «isolement» des Etats-Unis.

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En retard dans les sondages à six semaines de la présidentielle américaine, Donald Trump entend même en faire un emblème de sa politique de fermeté envers et contre tous.

«Améliorer la gouvernance mondiale»

Or lundi, à l'ouverture d'un sommet virtuel célébrant les 75 ans de l'ONU, son secrétaire général Antonio Guterres a justement déploré «un déficit de solutions multilatérales» face aux trop nombreux «défis multilatéraux».

«Personne ne veut d'un gouvernement mondial - mais nous devons travailler ensemble pour améliorer la gouvernance mondiale», a-t-il ajouté alors que, selon des experts, la pandémie de Covid-19 a cruellement mis en lumière la perte d'efficacité du système multilatéral face à la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale.

Au cours de ce sommet du 75e anniversaire, les dirigeants de la plupart des pays sont intervenus avec des discours enregistrés par vidéo à l'avance et ne devant pas excéder trois minutes. Mais l'administration Trump n'a dépêché qu'une diplomate de second rang, dans une nouvelle manifestation de son mépris pour l'organisation mondiale.

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Le président américain doit toutefois intervenir mardi, lorsque les mêmes dirigeants commenceront, pendant une semaine, à s'exprimer lors de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU, tenue également en raison de la pandémie de Covid-19 de manière virtuelle.