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Figurant sur le liste américaine, Alisher Ousmanov passerait le plus clair de son temps à Lausanne où il dirige une fédération d'escrime. 
© MAXIM SHEMETOV/Pool Photo via AP

Russie

Washington intimide l’élite russe avec sa liste d’oligarques

Le Trésor américain a publié une liste élargie de 210 membres de l’élite politique et d’affaires russe, qui pourraient prochainement faire l’objet de sanctions. Moscou dénonce un «acte inamical», mais sans effet pratique

Au lieu de s’abattre sur l’élite russe, l’épée de Damoclès reste suspendue. Le ministre des Finances américain a publié un nouveau «rapport sur le Kremlin» mardi matin, qui était très attendu – et craint – à Moscou. Washington entend ainsi réagir à l’interférence russe dans l’élection présidentielle américaine de novembre 2016.

Il s’agit d’une liste comprenant les noms de 114 officiels et de 96 milliardaires russes supposés disposer de liens étroits avec Vladimir Poutine. La quasi-totalité de l’élite russe figure sur une liste présentée par Washington comme une antichambre pour des sanctions futures. Mais contrairement aux attentes, il n’y a pas de sanctions supplémentaires contre les entreprises russes du secteur de l’armement, ni contre les Américains achetant de la dette souveraine russe. Ni la devise nationale, le rouble, ni le marché boursier russe n’ont réagi à la liste, suggérant une anticipation de la liste par les agents financiers.

Lire aussi: Sanctions russes: Washington souffle le chaud et le froid

Au moins huit milliardaires très actifs en Suisse

La menace du Trésor américain étend significativement son assiette, jusque-là limitée à une poignée d’hommes connus pour être des amis de longue date du chef d’Etat russe, ou pour avoir joué un rôle de premier plan dans la déstabilisation de l’Ukraine. Le «Rapport sur le Kremlin» inclut tous les milliardaires russes, sans distinguer les fortunes constituées avant 2000 des «amis de Poutine» enrichis après son arrivée au pouvoir.

Y figurent au moins huit milliardaires très actifs en Suisse à travers des investissements, des fondations ou des holdings: Andreï Melnitchenko (engrais, Zoug), Oleg Deripaska (métaux, Zoug), Dmitri Rybolovlev (ex-résident genevois), Guennadi Timchenko (ex-propriétaire du trader pétrolier Gunvor), Alicher Ousmanov (mines, Lausanne), Viktor Vekselberg (OC Oerlikon, Sulzer), Vyacheslav Kantor (résident de Cologny) et Souleiman Kerimov (fondation à Lucerne). Tous les dirigeants de grandes sociétés publiques russes (Gazprom, Rosneft, Sberbank, VTB, Aeroflot, Rosatom) et de l’administration présidentielle sont épinglés, ainsi que les principaux ministres.

L’opposant Alexeï Navalny s’est félicité que «ceux qui figurent sur la liste soient enfin désignés comme des escrocs»

La réaction des officiels figurant sur la liste est restée prévisible. «Tous les individus [de la liste] sont de facto déclarés ennemis des Etats-Unis», a indiqué le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. «Ce n’est rien d’autre qu’un who’s who de la politique russe», se moque le vice-premier ministre Arkady Dvorkovich. La palme revient à la députée ultra-conservatrice Irina Yarovaïa, vexée peut-être d’avoir été oubliée: «L’Amérique ouvre un Guantanamo économique pour les affaires tout autour du monde.»

Certains faucons attirent l’attention sur l’absence de la directrice de la banque centrale de Russie Elvira Nabioullina, et du cerveau des privatisations des années 1990 Anatoli Tchoubaïs, aujourd’hui dirigeant d’une holding d’Etat investissant dans les nanotechnologies. «Peut-être qu’ils seront virés», espère le politologue conservateur Sergueï Markov. Pour lui, «un grand nombre d’individus tablant sur la possibilité d’être amis avec l’Occident sans trahir la patrie sont désormais confrontés au choix suivant: soit la Russie et la répression, soit l’Occident et la trahison du pays». L’objectif de Washington serait «d’encourager l’élite russe à ne plus soutenir Poutine, voire à les inciter à renverser Poutine».

«Acte inamical»

A l’inverse, le président de la chambre basse du parlement russe Viatcheslav Volodine estime que «de nouvelles sanctions contre la Russie conduiront à une consolidation de la société». Faisant visiblement référence à l’élection présidentielle qui approche, il raille «une tentative supplémentaire de nos collègues transatlantiques pour influencer la politique domestique russe». Car, pour le président de la Douma, les sanctions introduites en 2014, ainsi que les suivantes «n’ont pas infléchi le cap politique ni affaibli sa souveraineté, ni conduit à la désunion».

Le président russe a réagi après ses lieutenants en milieu de journée, lors d’une rencontre avec des personnalités soutenant sa campagne. «C’est indiscutablement un acte inamical. Il va compliquer des relations russo-américaines déjà en fort mauvais état et, au-delà, endommager certainement les relations internationales en général.»

Des «escrocs», selon Alexeï Navalny

Afin d’inciter les électeurs à faire corps avec l’élite, Vladimir Poutine a expliqué que «derrière chaque personne et chaque structure [figurant sur la liste] se trouvent des citoyens russes de notre pays, des collectifs de travail, des secteurs entier de l’industrie. C’est nous tous, soit 146 millions d’habitants, qui sommes concernés par la liste. Quel est le sens de tels actes? Je ne comprends pas.»

Ce désir de réconcilier la population et l’élite est crucial. Les sondages d’opinion montrent que le principal reproche des Russes envers Vladimir Poutine est de s’occuper davantage les oligarques que du sort des simples citoyens.

Seul à approuver le «rapport sur le Kremlin», l’opposant et militant anti-corruption Alexeï Navalny s’est félicité que «les figurants [de la liste] soient enfin désignés comme des escrocs». Bien des Russes partagent ce jugement, ce qui contribue d’ailleurs à rassembler l’élite derrière le rempart formé par Vladimir Poutine. La scission de l’élite recherchée par Washington fait donc face à de solides résistances internes.

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