Washington juge nécessaire d’alléger la dette

Des voix critiques aux Etats-Unis auraient aimé voir la première puissance économique mondiale se montrer plus interventionniste pour résoudre le cas grec. Parmi elles, celle de l’économiste Peter Doyle. Cet ex-responsable du FMI est convaincu que Washington aurait dû user davantage de son poids politique pour empêcher les créanciers de refuser l’offre grecque du 24 juin.

Les Etats-Unis ne sont cependant pas restés les bras ballants. En mai 2010 déjà, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, avait joué un rôle crucial pour éviter un premier effondrement de la Grèce, en sommant les Européens d’assumer les éventuelles conséquences d’un défaut de paiement.

Récemment, le président, Barack Obama, a exhorté les Européens à alléger la dette grecque dont le financement est devenu insoutenable. Son porte-parole, Josh Earnest, a réitéré cette position lundi, appelant Athènes et l’UE «à se mettre d’accord sur un ensemble de réformes et un financement qui permettent à la Grèce d’être sur la voie d’une gestion durable de sa dette, mais aussi de croissance économique».

Son secrétaire au Trésor, Jack Lew, a multiplié des entretiens dans ce sens avec ses homologues européens. Il a demandé au premier ministre grec, Alexis Tsipras, de continuer à négocier avec la troïka. Mais les appels de Washington n’ont eu que peu d’effets. L’économiste Peter Doyle est d’avis que l’administration américaine aurait pu en faire beaucoup plus pour pousser le Fonds monétaire international à octroyer à la Grèce des prêts plus favorables. N’a-t-elle pas joué un rôle important auprès du FMI pour que ce dernier accorde des prêts à l’Ukraine et à l’Afghanistan, alors que ces deux pays ne remplissent pas davantage les critères posés par le FMI que la Grèce?

Le spectre de la Russie

Les retombées d’un «Grexit» pour les Etats-Unis pourraient toutefois être de deux ordres: économiques et géopolitiques. Malgré ses propos en apparence rassurants, le président démocrate avait fait du dossier grec l’une des priorités de ses entretiens avec la chancelière allemande, Angela Merkel, en marge du G7 de juin en Allemagne. Pour l’Amérique, le risque économique relève d’une déstabilisation de la zone euro et d’un recul de la croissance en Europe. Des facteurs qui pourraient influer sur le taux de croissance américain, qui stagne aux alentours de 2%. La démocrate Hillary Clinton pourrait être l’une des premières victimes d’une économie tournant au ralenti dans la perspective de la présidentielle 2016.

Enfin, Washington ne peut évacuer des craintes que fait ressurgir un passé relativement proche. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique avait beaucoup investi pour éviter qu’Athènes bascule dans le camp communiste. Aujourd’hui, Vladimir Poutine pourrait tenter de profiter de la division de l’Europe pour apporter une aide plus substantielle à la Grèce d’un Alexis Tsipras qui n’est pas resté insensible à certaines «offres» du maître du Kremlin. L’Amérique en a pris conscience. Quand l’UE a renouvelé ses sanctions contre la Russie en lien avec la crise ukrainienne, Washington a pressé Athènes de ne pas bloquer ces mesures. Si la Grèce plonge dans le chaos, il n’est pas sûr qu’elle ait toujours autant d’égard envers l’Amérique.