Iran

Pour Washington, le pire des scénarios

La victoire contestée de Mahmoud Ahmadinejad embarrasse Barack Obama

Officiellement, cela ne fait aucune différence. Depuis son élection, Barack Obama s’était dit déterminé à tâcher d’engager le dialogue avec l’Iran, quel que soit le président qui sortirait vainqueur du scrutin. Mais vu de Washington, le résultat des élections iraniennes est le pire possible: non seulement il maintient au pouvoir un président considéré comme le plus réfractaire à une issue négociée, mais les irrégularités qui ont entaché le processus lui ôtent une bonne partie de sa légitimité.

«Nous attendons pour voir ce que le peuple iranien a décidé, disait encore ce week-end la secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Mais nous espérons que ce résultat reflétera réellement sa volonté et son désir.» Alors même que les manifestations commençaient à éclater à Téhéran, l’administration Obama a tout fait pour éviter de donner l’impression d’interférer dans une élection iranienne devenue pourtant pratiquement un enjeu national.

En s’adressant avec des mots respectueux à «la république islamique d’Iran», et en tâchant de freiner les ardeurs de ceux qui, à Washington, voulaient montrer davantage de dureté face à Téhéran, le président américain avait fait ces derniers mois le pari de la séduction en douceur et de la patience. Mais les développements à Téhéran pourraient bien l’obliger à précipiter le mouvement.

A la vérité, la Maison-Blanche n’avait pas à proprement parler de poulain favori dans l’élection. Face à Ahmadinejad, le candidat Mir Hossein Moussavi était largement perçu, lui aussi, comme un «dur» qui n’allait pas transformer de fond en comble la politique iranienne, tant dans le suivi du programme nucléaire iranien qu’en matière d’appui fourni aux groupes anti-israéliens au Liban et dans les territoires palestiniens.

Dans tous les cas, le dialogue attendu s’annonçait rude. Mais avec un président qui ne semble pas incarner la volonté populaire, il sera plus difficile de faire les yeux doux aux responsables de Téhéran sans encourir les foudres de ceux qui estiment pareil dialogue totalement futile. Avec la victoire d’Ahmadinejad, «nous allons assister à une plus grande pression en faveur de sanctions et de résultats rapides», expliquait dans la presse américaine Trita Parsi, président du National Iranian American Council, établi à Washington, pour qui cette pression pourrait «avoir un effet paralysant sur la diplomatie».

Dimanche, les premiers signes commençaient à indiquer que la Maison-Blanche ne pourra pas accepter l’issue du scrutin sans broncher. Le vice-président, Joseph Biden, déclarait ainsi qu’il avait de «réels doutes» sur l’impartialité de ces élections. Mais l’administration Obama joue une part de sa crédibilité. Elle doit démontrer que sa politique était la bonne, et que ses fondements restent les mêmes, malgré les aléas de la démocratie iranienne. «Le fait d’engager des pourparlers avec l’Iran n’est pas une récompense que nous offrons en échange d’un bon comportement, poursuivait Biden. Nos intérêts restent les mêmes après ces élections: nous voulons qu’ils cessent de chercher à obtenir l’arme nucléaire et qu’ils arrêtent de soutenir le terrorisme.»

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