L'hostilité militante des Etats-Unis à la Cour pénale internationale (CPI) ne désarme pas. George Bush a mis mardi à exécution la menace de suspendre l'aide militaire à tous les Etats qui ont signé le traité établissant le nouveau tribunal, et refusent de promettre aux citoyens américains une totale immunité. Dans la liste des punis figurent la Colombie, dont l'armée est très dépendante de l'assistance des Etats-Unis, la Bulgarie, proche allié dans l'affaire irakienne, les pays Baltes. La Suisse est aussi dans le lot: elle avait énergiquement repoussé les exigences américaines, mais elle ne reçoit pas d'aide militaire.

L'arme de Washington contre la CPI, c'est l'American Service Members Protection Act. Cette loi, votée par le Congrès l'an passé, prévoit des sanctions contre les Etats parties à la CPI qui n'auraient pas signé le 1er juillet 2003 un accord bilatéral garantissant la non-extradition vers La Haye – siège du tribunal – de tout citoyen américain. Seuls les membres de l'OTAN et une dizaine d'autres proches alliés (Israël, Egypte) étaient dispensés de cette génuflexion. Bush a encore ajouté hier 22 acteurs secondaires à la liste des épargnés.

L'UE a tenté de s'opposer à ce qu'elle tient pour un chantage, avertissant les candidats à l'adhésion qu'ils prendraient un risque en cédant à Washington. Cette mise en garde a eu de l'effet: seule la Roumanie a signé l'accord exigé. Les Etats-Unis ont tenté d'obtenir la même immunité pour leurs citoyens au Conseil de sécurité. Ils ont dû se contenter d'une protection pour deux ans, en faveur des hommes et des femmes engagés dans des missions de maintien de la paix.

La suspension de l'aide militaire est une pression supplémentaire, mais sa portée est pour le moment symbolique. Une bonne partie de l'argent promis sous forme d'aide militaire a déjà été versée. La Colombie, qui devait recevoir 98 millions de dollars (entraînement, achats d'armes, etc.) en a déjà touché 93. Et Washington ne dit pas jusqu'à quand dureront les sanctions.