«Bon. Et que fait-on maintenant?» Les responsables de la Maison-Blanche ont passé ces derniers jours les yeux rivés sur les télévisions qui diffusaient les images de la révolution égyptienne. Deux interprètes avaient été appelés à la rescousse pour traduire en direct le discours du président Hosni Moubarak en fin de semaine. Il était décevant et, selon les informations parues dans la presse américaine, son manque de perspectives a jeté un froid dans la «Situation Room». D’où la question: que faire face à un allié de trente ans qui refuse de voir la réalité en face? La réponse est venue ce week-end avec les responsables de l’administration multipliant les apparitions sur les plateaux de télévisions afin de dissiper l’impression de flottement qui a prévalu les derniers jours. La marge est étroite: indiquer le chemin de la sortie à Hosni Moubarak est certes envisageable pour les Etats-Unis qui disposent d’importants leviers, notamment grâce à leur aide annuelle qui avoisine les 1,5 milliard de dollars annuels. Mais que se passerait-il ensuite, et notamment si le raïs égyptien refusait de céder?

«Nous sommes très clairs sur le fait que nous voulons voir une transition ordonnée vers la démocratie», expliquait Hillary Clinton sur la chaîne conservatrice Fox News. Pourtant, malgré ce haussement de ton, la secrétaire d’Etat s’est bien gardée d’appeler ouvertement au départ du président égyptien. En Arabie saoudite, le roi Abdallah est à l’écoute, de même que le roi Abdallah II en Jordanie. Prendre fait et cause pour «la rue» contre le pouvoir risque de hérisser les autres alliés de la région et conduire à une spirale dont personne ne veut même imaginer les conséquences.

Mais tout le monde en convient, la «solution» trouvée jusqu’ici par la Maison-Blanche n’en est pas encore une. «Le gouvernement américain ne peut pas demander aux Egyptiens de croire qu’un dictateur qui a été au pouvoir plus de trente ans sera celui qui amènera la démocratie», résumait Mohamed ElBaradei sur une télévision américaine.

Compter, pour mener à bien la transition, sur ce Nobel de la paix qui est en voie d’émerger comme le nouvel opposant en chef mais qui reste presque un inconnu au sein de la population égyptienne? S’appuyer également sur les Frères musulmans, l’une des seules forces politiques à afficher une certaine cohérence, mais qui sont vus avec une extrême méfiance aux Etats-Unis? C’est le cœur de la contradiction: quelle que soit l’issue, Washington est en effet convaincu que le régime qui naîtra en Egypte sera clairement moins bien disposé à l’égard de l’Amérique et d’Israël que ne l’a été celui d’Hosni Moubarak.

Reste, pour les analystes américains, l’option d’une solution centrée sur l’armée égyptienne. Les Etats-Unis «s’opposeront à une dictature militaire», expliquait explicitement Hillary Clinton dimanche. Alors que l’armée est la principale bénéficiaire des largesses américaines, Washington a commencé à lui rappeler ce qu’elle aurait à gagner à éviter le coup de force en se portant garante d’une «transition ordonnée».