Le gouvernement et des économistes américains ont cherché à remettre en cause la crédibilité de l’agence de notation Standard and Poor’s en parlant de ses «erreurs» dans les chiffres, mais celle-ci a répliqué qu’elle émettait plutôt un jugement politique.

La décision de l’agence vendredi de sortir les Etats-Unis du cercle restreint des pays «AAA» a provoqué des réactions amères. Vendredi soir, des sources gouvernementales ont expliqué aux journalistes que S & P se trompait dans les grandes largeurs, en détaillant ses fautes de calcul. Le Trésor a donné un chiffre de 2.000 milliards de dollars, le montant dont seraient surestimés les déficits budgétaires jusqu’en 2021.

La presse ne s’est pas attardée sur ce sujet technique, ne cherchant pas à comparer les mérites respectifs des projections des uns et des autres. Elle ne s’est pas aventurée non plus à parier si les taux d’intérêt allaient rester stables ces dix prochaines années, comme le pense l’exécutif, ou monter, comme le craint Standard and Poor’s.

Après «une journée d’échanges furieux dans le débat entre l’administration Obama et S & P», le Washington Post concluait que la décision de l’agence «était autant une critique politique qu’une conclusion financière». Les sources gouvernementales suggéraient aussi que l’analyse de S & P posait problème en dramatisant les dissensions entre élus, mises de côté quelques jours auparavant pour voter un compromis budgétaire bipartite au Congrès.

Les dirigeants de S & P ont persisté et signé lors d’une conférence téléphonique samedi. Ils ont défendu à la fois leurs chiffres et leur point de vue plus subjectif sur le débat national. «Sur la question de la politique, cela ne devrait vraiment surprendre personne que nous devons nous pencher sur le processus dans le cadre duquel sont décidées les politiques publiques», soulignait le directeur des notations des Etats de S & P, David Beers. Et actuellement «les risques politiques pèsent d’un poids plus lourd que la partie budgétaire de l’équation», tranchait-il.

Que des analystes financiers jugent aussi sévèrement le fonctionnement du microcosme de Washington a agacé. L’intrusion de S & P dans la politique américaine est […] ironique parce que, comme je l’ai signalé récemment, une bonne part de notre dette aujourd’hui est directement ou indirectement due aux ratés de S & P», écrivait sur son blog un ancien secrétaire au Travail du président Bill Clinton, Robert Reich.

En janvier, Washington a solennellement désigné les agences de notation parmi les coupables de la «Grande récession», à l’issue des travaux de la Commission d’enquête sur la crise financière de 2008. Ces agences ont elles-mêmes admis combien elles s’étaient grossièrement trompées, à l’époque de la bulle spéculative dans l’immobilier, dans leur évaluation des risques liés aux prêts aux ménages les plus fragiles financièrement («subprime»).

Pour Daniel Alpert, fondateur de la banque d’investissement Westwood Capital, elles se trompent encore. «La taille de l’économie des Etats-Unis, la richesse de leurs habitants et les actifs de l’Etat fédéral lui-même sont sans aucun doute plus qu’adéquats pour rembourser, avec intérêts, la totalité des 14.000 et quelques milliards de dollars de la dette du pays», estimait-il.