Branle-bas diplomatique au siège de l’OTAN à Bruxelles. Les ambassadeurs des 28 pays de l’Alliance Atlantique se sont réunis jeudi après-midi pour se voir expliquer par des responsables du Pentagone la nouvelle position des Etats-Unis à propos du projet très controversé de bouclier antimissile en Pologne et en République Tchèque.

Un peu plus tôt, Barack Obama avait confirmé le retrait du projet actuel de bouclier antimissile en Europe au profit d’un système plus adapté à des missiles de courte et moyenne portée.

Le président américain a expliqué que la révision de ce projet, décidée après un réexamen de plusieurs mois par son administration, se justifiait par deux raisons: une mise à jour de l’évaluation de la menace balistique iranienne, et les progrès accomplis par les Etats-Unis dans le domaine des technologies antimissile, en particulier dans le domaine des intercepteurs sol-air et mer-air, et des radars. «Pour dire les choses simplement a déclaré le président américain, notre nouvelle architecture de défense antimissile en Europe assurera aux forces américaines et aux alliés de l’Amérique une protection plus forte, plus intelligente et plus rapide». L’une des alternatives évoquées à Washington est l’utilisation de bases en Turquie, et en Israël pour redéployer le dispositif.

En 2008, Varsovie et Washington étaient parvenus à un accord sur le déploiement d’ici à 2013 en Pologne de dix intercepteurs de missiles balistiques de longue portée, couplés avec un puissant radar en République tchèque. Ce projet américain de bouclier antimissile en Europe de l’Est, justifié par l’administration Bush en raison de la menace Iranienne et du risque de frappe balistique en provenance «d’Etats-voyous» était une épine plantée dans le flanc des relations entre l’OTAN et Moscou. Il suscitait également de réelles divisions au sein de l’Union Européenne dont les chefs d’Etat et de gouvernement se réunissent ce soir à Bruxelles pour un sommet informel consacré à la crise économique et au prochain G20. «Le fait que les Etats-Unis installent un tel dispositif au cœur de l’Europe de l’Est envenimait toutes les discussions avec la Russie, notamment celles sur l’énergie» confirme un diplomate.

Opposée au projet, et jugeant le déploiement de missiles en Europe de l’Est comme une menace pour sa propre sécurité, la Russie avait proposé au début 2008 de coopérer à un système de défense balistique contre d’éventuelles menaces en provenance de pays comme l’Iran. Moscou avait notamment suggéré au Pentagone d’utiliser l’une de ses plus puissantes stations radars, située en Azerbaïdjan. Mais Washington avait refusé. Conséquence: le président russe Dimitri Medvedev avait de nouveau menacé en juillet dernier de déployer des missiles dans l’enclave de Kaliningrad, faute d’accord avec les Etats-Unis.

L’impact de la décision américaine sera sans doute perceptible dès vendredi. Le redéploiement du bouclier antimissile pourrait constituer un point fort du discours que doit prononcer à Bruxelles le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen sur les relations entre l’Alliance et la Russie. Et il sera à coup sûr commenté lors de la réunion du comité militaire de l’OTAN (qui regroupe les chefs d’Etat-major des pays alliés) à Lisbonne jusqu’au 20 septembre.

Officiellement consacrée à l’Afghanistan, en présence du Commandant de la force internationale (ISAF), le général américain Stanley McCrystal, cette conférence au sommet va permettre d’entendre les réactions des hauts responsables militaires de Pologne et de République Tchèque, les deux pays choisis par l’administration Bush pour accueillir le fameux «bouclier». Le commandant en chef américain de l’OTAN, l’Amiral James Stavridis, et le nouveau responsable de la stratégie future de l’Alliance nommé la semaine dernière au QG de Norfolk (Virginie), le général français Stéphane Abrial, sont attendus à Lisbonne.

«Ce serait une nouvelle très positive», a pour sa part aussitôt commenté l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN Dmitri Rogozine, devenu depuis le conflit en Géorgie d’août 2008 la bête noire de l’OTAN, dont il conteste sans cesse les provocations anti-russes. «Si l’abandon du bouclier antimissile devait être confirmé, cette question serait évidemment au centre de l’entretien bilatéral que le président Dmitri Medvedev doit avoir avec M. Obama le 23 septembre à New York, en marge de l’assemblée générale de l’ONU», a poursuivi M. Rogozine.