Le numéro de téléphone, à Washington, est le suivant: 001 202 255 89 66. C’est celui que les témoins d’Idlib, de Hama ou d’Alep sont invités à composer si les bombes ou les obus viennent interrompre la trêve relative qui règne en Syrie depuis samedi dernier. «Nous sommes disponibles 24 heures sur 24 et sept jours sur sept», expliquait mercredi à Genève Antony Blinken, l’un des adjoints de John Kerry au Département d’État américain, en faisant notamment référence à cette «hotline» mise en place par les Etats-Unis. Il poursuivait: «Nous concentrons tous nos efforts sur la mise en œuvre de cet accord (de cessez-le-feu).»

Lorsqu’une brèche éventuelle du cessez-le-feu est ainsi signalée, Washington s’abstient autant que possible de la rendre publique. Antony Blinken: «L’idée est d’en discuter pour prévenir des violations prochaines. C’est un processus difficile et plein de défis. Mais nous travaillons ensemble pour le mener à bien.»

Processus «difficile», en effet: lorsque les Syriens composent le numéro de Washington, c’est pour signaler une violation de la trêve par l’aviation russe ou par les forces loyales au régime de Bachar el-Assad. Or, c’est avec ces mêmes interlocuteurs russes que les Américains partageront les informations pour faire cesser les combats. Dans cette construction internationale inédite, les Russes font donc à la fois office d’agresseur et d’arbitre. Face à eux, la marge de manœuvre des Américains est pour le moins étroite. «Nous espérons que le cessez-le-feu va se consolider et s’approfondir», adjurait néanmoins le responsable du département d’Etat.

Un simple vœu pieux? En soirée hier, la Maison-Blanche dévoilait ses «inquiétudes» croissantes sur des informations liées à l’utilisation de chars de combat de la part de l’armée syrienne contre des civils. A l’inverse des groupes d’opposition, qui sont menacés en dernier recours des représailles militaires possibles, rien n’est prévu dans ce cas de figure dans l’accord sur le cessez-le-feu conclu entre Russes et américains. Si les violations à la trêve de la part de l’armée syrienne – et a fortiori des Russes – devenaient trop «inquiétantes», l’accord finirait par se dissoudre, tout simplement.

«Notre principal objectif et notre plus grande préoccupation ont un nom: Daech», affirmait encore à Genève Antony Blinken en réponse à une question et en faisant référence à l’acronyme arabe de l’organisation de l’État islamique contre lequel assure aussi se battre Moscou. Le vœu de Washington est désormais de faire tenir coûte que coûte le cessez-le-feu jusqu’au 9 mars prochain, date à laquelle doivent reprendre les pourparlers politiques à Genève. «Par moments, nous voyons la volonté de Moscou et de Washington de s’entendre seuls sur le suivi de la trêve, quitte à en escamoter la portée réelle», note un diplomate européen qui suit les activités de la «task force», englobant tous les Etats parties à la question.

L’armée syrienne décidera-t-elle de mettre fin à l’expérience avant la reprise des pourparlers? Son parrain russe évoque, lui aussi, une coordination serrée avec les Américains. «Un échange toutes les deux heures», précisait une source au Ministère de la défense. Mais Moscou ne concède que «31 violations au cessez-le-feu depuis samedi.» Elles sont toutes le fait de l’opposition, proclame la Russie. Et pour cause: selon les termes de l’accord, Damas et Moscou continuent d’avoir l’autorisation de s’en prendre aux groupes qu’ils qualifient de «terroristes». «Tous ceux qui ont pris les armes contre le pouvoir légitime sont, par définition, des terroristes», proclamait il y a peu Bachar el-Assad dans une interview au journal El Pais. Le terrain de chasse reste ouvert.