Les Etats-Unis ont déclaré lundi «s'opposer fermement» à la formation d'un «gouvernement parallèle» en Afghanistan, a déclaré Mike Pompeo, le secrétaire d'Etat américain, sans nommer directement Abdullah Abdullah, qui a officiellement perdu la présidentielle afghane de septembre mais revendique la victoire.

En effet, le chef de l'Etat officiellement réélu Ashraf Ghani et son principal adversaire Abdullah Abdullah ont tous deux prêté serment lundi comme président.

«Les Etats-Unis travaillent à la conclusion d'un accord entre les deux parties», a dit le chef de la diplomatie américaine, dans un communiqué. «Il est capital pour l'avenir du pays et particulièrement pour la paix de faire de la formation d'un gouvernement inclusif et d'un Afghanistan uni une priorité.»

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La première phase du retrait des soldats américains entamée

Les Etats-Unis ont signé le 29 février à Doha un accord historique avec les talibans, qui prévoit un retrait des forces américaines et étrangères d'Afghanistan sous 14 mois, en échange de garanties des insurgés en matière de lutte antiterroriste et du lancement de négociations directes sans précédent entre le gouvernement afghan et les rebelles.

Mais si les soldats américains ont bien annoncé lundi avoir entamé la première phase de leur retrait graduel et conditionnel, la double cérémonie d'investiture de lundi à Kaboul a plongé le pays dans une crise institutionnelle qui se dresse comme un nouvel obstacle aux négociations de paix dont le début, prévu pour mardi, sera sans doute reporté.

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En raison de ces rivalités Ghani-Abdullah, en effet, Kaboul n'a pas encore mis en place une équipe de négociateurs à dépêcher à ces pourparlers. En outre, le président Ghani s'était opposé, ces derniers jours, à une des clauses négociées entre les Américains et les talibans, en l'absence du gouvernement afghan tenu jusqu'ici à l'écart: la libération de jusqu'à 5000 prisonniers insurgés en échange de celle de jusqu'à 1000 membres des forces afghanes.

Pompeo satisfait par les déclarations des deux hommes d'Etat

Mike Pompeo a «salué» lundi certaines déclarations apaisantes du chef de l'Etat afghan, à savoir que les négociations continueraient «au cours des deux prochaines semaines pour parvenir à un accord sur un gouvernement inclusif» et qu'un décret statuerait mardi sur la libération de prisonniers talibans et la formation d'une équipe nationale pour les négociations interafghanes.

Il a également «accueilli avec satisfaction» des déclarations d'Abdullah Abdullah en faveur «de la paix». Aucune nouvelle date n'a toutefois été annoncée pour le début des négociations.


Washington demande un vote de l'ONU endossant l'accord avec les talibans

Les Etats-Unis ont demandé un vote mardi à 21 heures du Conseil de sécurité de l'ONU pour endosser, via une résolution, l'accord conclu avec les talibans le 29 février, a-t-on appris lundi de sources diplomatiques. Le texte engage un retrait militaire américain d'Afghanistan.

Cette demande de vote est survenue après d'ultimes tractations sur le projet de résolution américain, notamment à la requête de la Chine, très attachée à son projet de développement des Routes de la Soie, qui voulait une mention sur la «coopération régionale», ont précisé ces sources à l'Agence France-Presse (AFP). 

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Selon le projet de texte américain, le Conseil de sécurité «exhorte le gouvernement afghan à faire avancer le processus de paix via notamment une participation à des négociations inter-afghanes, avec une équipe de négociateurs diverse et inclusive composée de dirigeants politiques et de la société civile, incluant des femmes».

La démarche des Etats-Unis de demander au Conseil de sécurité d'adouber leur accord avec les talibans est plutôt rare dans cette enceinte pour un accord survenu entre un pays étranger et une guérilla, relèvent des diplomates. Elle est d'autant plus étonnante que l'accord comporte deux annexes secrètes sur la lutte antiterroriste que les membres du Conseil de sécurité doivent approuver sans en prendre connaissance.  La position sur le texte de la Russie, dotée d'un droit de veto, reste incertaine. Vendredi, Moscou avait laissé entendre qu'il pourrait s'y opposer après avoir essuyé un refus des Etats-Unis d'une déclaration endossant l'accord de cessez-le-feu en Syrie conclu entre la Russie et la Turquie.