Les Etats-Unis ont subi mercredi une retentissante défaite devant le Conseil de sécurité. C'est le prix qu'ils paient pour avoir trop joué en deux ans avec les Nations unies, et pour la révélation des tortures dans la prison d'Abou Ghraib. Depuis plusieurs semaines, Washington cherchait à obtenir le renouvellement d'une garantie d'immunité pour ses soldats et ses diplomates engagés dans des opérations de maintien de la paix. L'administration républicaine, qui avait obtenu deux années de suite cette exemption, redoutait que des citoyens américains soient traduits, pour des motifs futiles ou politiques, devant la Cour pénale internationale (CPI). Les Etats-Unis s'opposent depuis sa création au nouveau tribunal, et George Bush a même fait retirer la signature que l'administration Clinton avait apposée sous le Statut de Rome (le traité qui fonde la CPI).

Mais cette année, les Américains se sont heurtés au Conseil de sécurité à une opposition organisée. Plusieurs pays avaient demandé un débat public, afin que l'affaire ne se traite pas en catimini, dans le secret des séances fermées. La Suisse demandait aussi cette discussion, et le numéro 2 de la mission, Pierre Helg, s'apprêtait à intervenir contre la demande américaine quand la séance a été ajournée. Les Etats-Unis sentaient que le climat était très malsain.

Cette semaine, à l'approche d'une nouvelle discussion, Washington a compris que la majorité requise de neuf des quinze membres du Conseil ne pourrait pas être réunie sur leur projet de résolution. Kofi Annan lui-même, dans une intervention étonnante, avait déclaré son opposition à la demande américaine, faisant remarquer qu'en pleine guerre en Irak, avec ses «effets collatéraux», le moment était très mal choisi. L'ambassadeur James Cunningham a reçu l'ordre de Washington, in extremis, de renoncer et de retirer le texte pour le moment. Mais les Etats-Unis continueront à tenter de soustraire leurs citoyens à toute poursuite devant le CPI (pour crime de guerre ou contre l'humanité) en signant des accords bilatéraux par lesquels les Etats (90 ont déjà accepté) s'engagent à ne pas livrer d'Américains à la Cour.