Les Etats-Unis et l'Iran se sont invectivés lundi sur Twitter au sujet d'un échange de prisonniers «sans conditions préalables» proposé par Téhéran. Washington s'est moqué de cette offre en défiant les Iraniens d'envoyer un avion pour récupérer leurs ressortissants.

Les autorités iraniennes ont, en effet, assuré dimanche vouloir échanger «tous les prisonniers» avec Washington. «Il semble maintenant que l'Amérique est davantage prête qu'avant», a estimé le porte-parole du gouvernement iranien Ali Rabii, précisant que les autorités américaines avaient été «informées» de la «disponibilité» iranienne.

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Il a notamment exprimé son inquiétude au sujet de Sirous Asgari, un scientifique iranien qui, selon la diplomatie iranienne, a contracté le nouveau coronavirus en détention. Le ministère iranien des Affaires étrangères avait déclaré la semaine dernière que tout était «prêt» pour le «rapatrier bientôt».

Une offre moquée par Washington

«Foutaises!», a répondu lundi sur Twitter le responsable du département américain de la Sécurité intérieure, Ken Cuccinelli. S'adressant au chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, il a écrit: «Après avoir temporisé durant des mois alors que nous tentions de vous renvoyer Sirous Asgari, vous vous réveillez un beau matin et dites que vous voulez le rapatrier.»

«Nous avons onze de vos concitoyens en situation irrégulière que nous tentons de renvoyer dans votre pays. Vous dites soudainement que vous voulez les récupérer, alors pourquoi n'envoyez-vous pas un avion pour que nous puissions vous les renvoyer tous d'un coup?», a demandé le responsable américain. «Envoyez l'avion!»

«Arrêtez de dire n'importe quoi!», lui a répliqué, également sur Twitter, le porte-parole de la diplomatie iranienne Abbas Moussavi. Selon lui, Mohammad Javad Zarif «a mis sur la table un «échange universel de prisonniers» depuis septembre 2018», sans succès.

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Une communication mystérieuse

Dimanche, la diplomatie américaine n'avait pas démenti d'éventuelles négociations sur les prisonniers. «Nous ne menons pas de discussions diplomatiques sensibles par médias interposés», s'était-elle bornée à dire.

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Dans la foulée, le président Donald Trump avait retweeté dimanche soir, sans autre commentaire, un article de presse mentionnant l'offre iranienne d'échange de prisonniers. Puis, Ken Cuccinelli a étalé les différends avec l'Iran sur les réseaux sociaux.


Mike Pompeo remercie la Suisse pour son rôle d'intermédiaire avec l'Iran

Signe que des discussions plus discrètes sont néanmoins en cours? Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a remercié lundi la Suisse, lors d'un appel avec le conseiller fédéral Ignazio Cassis, pour «son rôle constant et constructif en tant que puissance protectrice» des intérêts des Etats-Unis en Iran.

Dans un tweet, il a aussi évoqué «l'aide de la Suisse pour rapatrier des citoyens américains d'Iran et de Birmanie» pendant l'épidémie de Covid-19. «Le partenariat américano-suisse est plus fort que jamais», a-t-il assuré, se félicitant des discussions «formidables» avec le chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Le secrétaire d'Etat n'a pas directement lié son appel à la question des prisonniers. La Confédération représente les intérêts américains en Iran à défaut de relations diplomatiques entre les deux pays. Elle a joué par le passé un rôle d'intermédiaire pour organiser des échanges ou des libérations de prisonniers entre les deux ennemis. Elle avait notamment été en première ligne lors du dernier échange de détenus, en décembre: l'Américain Xiyue Wang avait été libéré par Téhéran et l'Iranien Massoud Soleimani avait été relâché par Washington. L'échange avait eu lieu à l'aéroport de Zurich.