Campaign for American's Future. Un think tank (groupe de réflexion) démocrate avec de magnifiques bureaux à la KStreet, le centre névralgique des lobbies au cœur de Washington. Quand on y rentre, à quelques jours de l'élection présidentielle américaine, la première impression qui émerge, c'est celle d'une excitation contenue. On retient son souffle. Car l'élection du démocrate Barack Obama semble à portée de main. Une New-Yorkaise dans la vingtaine le concède: elle a quitté une société de relations publiques pour rejoindre le service de communication du think tank: «J'ai l'impression de m'engager pour quelque chose de grand, d'utile.»

Doté de 6 millions de dollars provenant de donateurs privés, de fondations et de syndicats, ce laboratoire d'idées créé dans les années 1990 exerce une influence plus importante que ses ressources ne le laissent croire. Après le rouleau compresseur conservateur qui a écrasé toute opposition dans les années 1970 et 1980, il est surtout l'emblème d'un renouveau démocrate en matière de production d'idées, de communication et de lobbying.

Pour contrebalancer les think tanks républicains et conservateurs richement dotés de l'American Enterprise Institute, Heritage Foundation, Cato ou encore Hudson Institute, les milieux progressistes ont donné naissance à une vaste constellation de groupes de réflexion en lien direct avec le Congrès américain. Le premier, le Center for American Progress, est l'un des think tanks les mieux dotés financièrement. Comme l'explique à US News le mentor Bernard Schwartz, qui a financé plusieurs projets de think tanks progressistes, «les démocrates se sont réveillés et ont réalisé le besoin de se battre dans l'arène des idées». Sous l'égide de la Democracy Alliance, plusieurs mécènes mettent une part de leurs fonds à disposition pour créer une nouvelle dynamique renforcée par la reconquête du Congrès par les démocrates en 2006 après douze ans d'opposition.

Malgré ses 63 ans, Bob Borosage incarne ce nouvel espoir de faire avancer les idées progressistes en Amérique. Né dans le Midwest, «au cœur de la culture américaine de base», ce diplômé en droit de Yale a participé aux mouvements civiques des années 1960. En 1988, il sillonna les Etats-Unis avec le candidat à la présidentielle Jesse Jackson pour lui écrire ses discours et l'aider à répondre aux médias. Aujourd'hui, le codirecteur de la Campaign for American Future parle d'un Obama moment. «En 1960, John F. Kennedy n'était pas un politicien très progressiste, mais un modéré marqué par la Guerre froide. Mais il a su parler, même à des jeunes du Midwest comme moi. Il a contribué à libérer les énergies qui produiront les mouvements en faveur des droits civiques des années 1960. Avec Barack Obama, c'est la même chose. Il va libérer des énergies qui iront bien au-delà de sa politique», s'enthousiasme Bob Borosage. Et ce dernier d'ajouter: «Obama est très prudent, mais les temps exigent des mesures audacieuses. Nous allons le pousser dans ce sens.»

Campaign for America's Future a deux principaux chevaux de bataille: l'énergie et la santé. Bob Borosage a cofondé l'Appolo Alliance, un projet qui réunit le secteur privé, les organisations environnementales et plus de 30 syndicats. Objectif: pousser à l'adoption d'une politique de long terme pour l'indépendance énergétique de l'Amérique, des investissements massifs dans les énergies renouvelables. «Ce secteur pourrait être le plus grand générateur d'emplois depuis le grand exode vers les banlieues après la Seconde Guerre mondiale», souligne Bob Borosage.

En matière de santé, explique-t-il, son laboratoire d'idées est très offensif: «15% de notre PIB sont consacrés à la santé et 48 millions d'Américains ne sont pas assurés. Si les plus de 65 ans sont couverts par Medicare et les plus pauvres par Medicaid, il y a entre 35 et 40% de professionnels entre 20 et 65 ans qui n'ont pas d'assurance maladie.» Pour Campaign for America's Future, la santé est une bombe à retardement. C'est la première source de banqueroute dans les familles et d'explosion des budgets municipaux et étatiques.

«Le problème futur de la dette publique américaine n'est pas dû à la retraite des baby-boomers, ni à la sécurité sociale, mais entièrement à la santé», s'insurge Bob Borosage. Son équipe presse les membres du Congrès de proposer une alternative publique aux assurances privées. «Car avec le plan McCain, 20millions d'Américains supplémentaires vont perdre leur assurance maladie.» Il faudra tirer les leçons de 1992, poursuit-il. A l'époque, Bill Clinton avait sous-estimé les lobbies des assurances maladie et des entreprises pharmaceutiques.