La remise du petit Elian à son père devrait intervenir dans les tout prochains jours. Le procureur général du gouvernement (ministre de la Justice) Janet Reno a levé vendredi toute ambiguïté sur ce dénouement lors d'une conférence de presse, après avoir donné les mêmes assurances à Juan Miguel Gonzalez, le père, qu'elle venait de recevoir personnellement à Washington: «La loi est très claire, un enfant qui a perdu sa mère appartient au parent survivant.» La famille d'accueil, a-t-elle poursuivi, se verra préciser mercredi au plus tard «quand et comment Elian devra être dévolu à son père, et au même moment le Service de l'immigration (INS) transférera formellement la garde de l'enfant à son père à qui il sera confié.»

Dans un geste de conciliation envers la famille d'accueil, Janet Reno a toutefois proposé une réunion, ce lundi matin, avec trois psychologues désignés par le gouvernement pour discuter les modalités du transfert afin de «causer le moins de perturbations possible à Elian». Cette dernière suggestion a fait baisser d'un ton la tension à Miami, où des porte-parole de la communauté cubaine venaient d'appeler à une opération de «désobéissance civique» consistant à ralentir la circulation routière aux abords de l'aéroport. Ils ont annulé leur mot d'ordre, considérant que Janet Reno avait accédé à leur exigence d'une expertise psychologique.

Veillée de prière à Little Havana

Le caractère apparemment inéluctable de l'affaire a plongé dans la consternation les manifestants qui se relaient devant la maison de la petite Havane, le quartier cubain de Miami, où l'enfant réside depuis quatre mois et demi. Quelque 350 personnes s'étaient rassemblées samedi soir pour une veillée de prière, la plupart se disant décidées à former une chaîne humaine pour empêcher la police de récupérer l'enfant par la contrainte. Une réaction de colère des Cubains de Miami reste possible, sinon probable, dans une telle hypothèse. Mais un sondage publié samedi par le Miami Herald, le quotidien de la ville, révèle leur isolement au sein de la population: si 83% d'entre eux s'opposent à la remise d'Elian à son père, 76% des «blancs non hispaniques» et 92% de la population noire y sont en revanche favorables.

De la réunion de ce lundi matin entre les psychologues et Lazaro Gonzalez, le grand oncle paternel d'Elian, qui a toujours prétendu qu'il respecterait la loi, dépend la suite des événements. En cas d'accord sur un transfert de «bon gré», le père paraît disposé à demeurer aux Etats-Unis en compagnie d'Elian en attendant que la Cour d'appel d'Atlanta réexamine le jugement qui avait confirmé en première instance ses droits à la garde de l'enfant (l'audience a été fixée au 11 mai).

Mais faute d'accord, le Service de l'immigration viendrait récupérer d'autorité Elian dans son foyer d'accueil, au risque assumé de déclencher des troubles. Dans ce scénario, Juan Miguel Gonzalez regagnerait Cuba dès qu'il aura repris possession de son fils, sans attendre la décision de la Cour d'appel. Et «rien ne pourra légalement l'en empêcher», a précisé Janet Reno.