Le général John Campbell, qui commande les troupes américaines et de l’OTAN en Afghanistan, est apparu la mine contrite mercredi devant les caméras. Il a admis que le bombardement de l’hôpital de Médecins sans frontières (MSF) à Kunduz, alors que ses soldats tentaient de reprendre la ville aux talibans, était une «tragique erreur». Le président américain Barack Obama s’était déjà excusé auprès de MSF, qui a perdu 30 soignants et patients la nuit du 3 octobre.

«Les forces américaines impliquées dans cet incident ne savaient pas qu’elles visaient l’hôpital de MSF», a justifié John Campbell, au terme de l’enquête diligentée par l’armée américaine. Le document ne sera pas rendu public, contrairement à une autre enquête menée par l’OTAN et l’Afghanistan. Il a annoncé des sanctions contre les responsables de cette opération. Plusieurs militaires ont déjà été suspendus, a-t-il dit, sans plus de détails.

«Pas de vérifications appropriées»

Le commandant des forces américaines en Afghanistan a expliqué que ses troupes croyaient qu’elles tiraient sur un bâtiment à quelques centaines de mètres de là, où ils pensaient que des talibans s’étaient retranchés. Toujours selon John Campbell, les forces au sol, qui ont fait la demande de la frappe aérienne, n’ont pas entrepris «les vérifications appropriées qu’il s’agissait bien d’une cible militaire légitime».

Les Conventions de Genève, ratifiées par Washington, interdisent de viser des hôpitaux ou des écoles, à moins que des combattants s’y soient réfugiés et que les dégâts collatéraux ne soient pas disproportionnés par rapport à l’avantage militaire procuré par une frappe. Et il faut une sommation. En l’occurrence, MSF a toujours maintenu qu’aucun combattant armé n’était présent dans l’hôpital cette nuit là, même si plusieurs blessés talibans étaient soignés. L’équipage de l’AC-130, un avion d’appui rapproché, «n’a repéré aucune activité hostile dans l’hôpital», a admis le général.

Une minute avant d’ouvrir le feu, l’équipage en a informé la base de Bagram, non loin de la capitale Kaboul. Il a aussi transmis les coordonnées de leur cible. Le quartier général aurait dû réaliser la bévue. L’hôpital figurait sur une liste de bâtiments protégés. «La confusion a été accentuée par le fait que les communications électroniques et vidéo avec l’appareil ne fonctionnaient pas», a expliqué John Campell.

Fait aggravant, les forces américaines au sol ne voyaient pas leur cible et l’équipage de l’avion s’est fié à une «description approximative» donnée par les soldats afghans eux aussi engagés dans les combats. Le bombardement a commencé à 02:08 du matin. Douze minutes, plus tard, la base de Bagram reçoit un appel désespéré de MSF. Il faudra près de 20 longues autres minutes pour que les Américains s’aperçoivent de leur méprise. «Mais les frappes avaient alors cessé. Elles ont approximativement duré 29 minutes», assure le général Campbell. Selon MSF, les tirs se sont poursuivis pendant au moins une demi-heure, soit le double du temps reconnu par les Américains.

«Plus de questions que de réponses»

MSF n’est pas prête à se contenter des explications américaines et continue de réclamer une  «enquête indépendante et impartiale qui ne dépende pas des parties au conflit en Afghanistan». «La version américaine des événements apporte plus de questions que de réponses, a réagi Christopher Stokes, le directeur de la section belge de MSF, qui gérait l’hôpital de Kunduz. Cette succession effrayante d’erreurs relève de la négligence grave. Il s’agit d’une violation du droit humanitaire qui n’est pas le fait d’erreurs individuelles». MSF réclame depuis des semaines la saisie de la commission internationale humanitaire d’établissement des faits, une obscure instance basée à Berne et qui n’a encore jamais servi. Mais pour commencer son travail, elle a besoin de l’approbation des parties concernées, à savoir l’Afghanistan et les Etats-Unis. Mercredi, le général John Campbell n’a donné aucune indication que son pays serait prêt à une telle enquête.