Il y a eu les tandems Ronald Reagan-Margaret Thatcher et George W. Bush-Tony Blair. Ils étaient l’expression de ce que Winston Churchill avait baptisé, il y a 70 ans, en présence de Franklin Roosevelt, la «relation spéciale» entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Avec le Brexit, le vote des Britanniques en faveur d’une sortie de l’Union européenne, le président Barack Obama a bien cherché à rassurer Londres en affirmant que la relation spéciale était faite pour durer. Mais personne n’est dupe. A Washington, pour qui une Europe forte et unie reste fondamentale, il devient prioritaire de créer une nouvelle relation spéciale avec l’Allemagne.

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Ce serait sans doute un tournant. Le Royaume-Uni a toujours été philosophiquement l’allié naturel des Etats-Unis, défendant une vision similaire du monde et du libre-échange. Londres a indirectement défendu les intérêts américains au sein de l’UE. Aujourd’hui, Washington doit repenser sa politique étrangère envers l’Europe. Et l’Allemagne, sur laquelle repose de plus en plus la responsabilité de principale puissance de l’UE, est toute désignée pour remplacer en partie Londres. En ce sens, l’alchimie entre Barack Obama et Angela Merkel devrait faciliter les choses. La chancelière allemande est sans doute la responsable politique étrangère en laquelle Barack Obama a le plus confiance. A la foire d’Hanovre ce printemps, le président américain ne tarissait pas d’éloges à son égard: «(Angela Merkel) attache de l’importance aux principes qui permettent de rassembler les peuples plutôt que de les diviser.» Pour tous les deux, la diplomatie reste la pierre angulaire de la sécurité internationale.

Des points communs et des divergences

Au-delà de l’aide considérable que les Etats-Unis ont apportée à la reconstruction de l’Allemagne depuis 1945, un approfondissement de la relation américano-allemande n’apparaît pas non plus comme un développement que seul le Brexit aurait rendu possible. Dans nombre de crises, Berlin fait déjà figure de principal interlocuteur de Washington. Ce fut le cas dans la crise ukrainienne. Bien que des sanctions contre Moscou après l’annexion de la Crimée aient pénalisé les intérêts économiques allemands avec la Russie, le gouvernement d’Angela Merkel était sur la même longueur d’onde que l’administration américaine. En sortant de l’UE, le Royaume-Uni rend l’axe américano-allemand encore plus important pour maintenir les sanctions de l’UE en place.

A propos de la Syrie, la chancelière émet le même type de réserve que Barack Obama quant à une implication militaire accrue de l’Occident. Elle a joué un rôle majeur dans la crise des réfugiés syriens, s’attirant les foudres de ses détracteurs en Allemagne, mais obtenant les éloges de Barack Obama pour lequel la chancelière «est du bon côté de l’Histoire». Ambassadeur d’Allemagne à Washington, Peter Wittig est convaincu que Washington et Berlin vont intensifier leur coopération: «Nous avons une relation de gouvernement à gouvernement extraordinairement étroite. Les divergences de vue entre nous dans les principaux dossiers sont infimes.»

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Les Etats-Unis et l’Allemagne connaissent aussi des divergences. Dans la crise grecque, Berlin a insisté sur la nécessité pour Athènes de mener une politique d’austérité. Barack Obama jugeait au contraire nécessaire de laisser la Grèce respirer. En matière de sécurité, en raison de son histoire, l’Allemagne n’est pas prête à assumer un rôle à la hauteur de sa puissance à l’échelle internationale. Washington aimerait que Berlin en fasse davantage. Il compte aussi sur l’Allemagne pour que l’UE continue sa politique d’ouverture économique. Sans le Royaume-Uni, les négociations déjà en partie enlisées du traité transatlantique de libre-échange seront encore plus difficiles. L’Allemagne libérale d’Angela Merkel pourrait aider à faire rempart aux tendances protectionnistes qui se font jour en Europe.

Quant à la relation spéciale entre Londres et Washington, elle était déjà devenue moins spéciale. La manière dont le «caniche» Tony Blair avait suivi George W. Bush dans son aventure irakienne a contribué à sa dépréciation. Dans la lutte contre le terrorisme toutefois, les liens entre les deux pays resteront très forts. Il paraît inimaginable que la CIA et l’Agence nationale américaine de sécurité (NSA) voire même le FBI renoncent à leur très étroite collaboration avec leurs homologues britanniques MI6, GCHQ et MI5. En raison de sa sortie de l’UE, le Royaume-Uni pourrait renforcer sa présence au sein de l’OTAN afin de montrer qu’il reste clairement ancré dans le monde des démocraties libérales occidentales.