Trois mois après son arrivée au ministère français des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie affronte un week-end de vérité alors que des responsables politiques comme des médias alimentaient des spéculations sur un remaniement gouvernemental imminent.

La ministre a balayé vendredi l’idée de son éventuel départ. «Ma devise c’est bien faire et laisser dire» et «les rumeurs ne m’intéressent pas», a-t-elle lancé à la radio France Info avant de s’envoler pour deux jours de visite au Koweït. Elle a aussi assuré qu’elle serait lundi à Genève pour une réunion de l’ONU et y rencontrer son homologue américaine, Hillary Clinton.

Il y a peu, Michèle Alliot-Marie, 64 ans, ministre depuis 2002 (Intérieur, Défense, Justice avant le Quai d’Orsay) s’était targuée d’avoir «le cuir épais» face aux multiples critiques concernant ses vacances fin 2010 dans une Tunisie alors en révolte, son offre d’une coopération policière au régime Ben Ali, et des explications floues sur ses relations avec un homme d’affaires tunisien.

Son sort est aujourd’hui entre les mains de Nicolas Sarkozy, président en exercice du groupe des huit puissances les plus industrialisées (G8) et de celui élargi aux pays émergents (G20), et dont la politique extérieure à l’égard du monde arabe est vivement critiquée en France.

«L’intérêt de la France à un moment crucial, c’est au président de la République et au Premier ministre de le définir», a confié à des journalistes le président du Sénat Gérard Larcher.

Le sort de la ministre est entre les mains de Nicolas Sarkozy et François Fillon et un «ajustement» de l’équipe gouvernemental ne peut attendre les élections cantonales fin mars, renchérit un haut responsable de la majorité présidentielle.

Député du parti UMP de Nicolas Sarkozy, Bernard Debré a demandé vendredi un remaniement «rapide» du gouvernement, tandis que l’ex-Premier ministre socialiste Laurent Fabius estimait qu’une «politique étrangère incohérente portée par une ministre inaudible (ne pouvait) pas donner de résultat».

Pour de nombreux médias, citant des ministres sous couvert d’anonymat, le chef de l’Etat aurait déjà tranché en faveur d’un départ de sa ministre.

Jeudi, Alain Juppé (Défense), donné comme probable successeur de Michèle Alliot-Marie si elle venait à partir, avait affirmé à propos des maladresses de sa collègue qu’il appartenait «aux autorités compétentes de l’Etat d’en tirer les conséquences si elles le souhaitent».

Si «aucune action illégale» ne peut être reprochée à la ministre, comme elle l’a rappelé encore vendredi, sa crédibilité au Quai d’Orsay qu’elle dirige depuis la mi-novembre, apparaît sérieusement érodée. Le premier voyage ministériel dans la Tunisie de l’après Ben Ali s’est fait sans elle, avec les ministres de l’Economie et des Affaires européennes.