L’Equateur vient d’admettre qu’il avait coupé la connexion d’internet de Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, réfugié depuis plus de quatre ans dans son ambassade à Londres. Le pays latino-américain apporte de l’eau au moulin de tous ceux qui accusent l’Australien de chercher à nuire à Hillary Clinton, voire d’être à la solde de la Russie de Vladimir Poutine. La candidate démocrate est en effet la cible récurrente des révélations du site qui diffuse des documents confidentiels.

Dans son communiqué, le ministère des Affaires étrangères équatorien se distancie des dernières publications faites par Wikileaks «qui influencent la campagne électorale américaine». «Le gouvernement de l’Equateur respecte le principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’autres Etats. Il n’interfère pas dans des processus électoraux étrangers et ne favorise aucun candidat», peut-on lire dans le communiqué. Même si Donald Trump n’est pas nommé, le reproche adressé à Julian Assange est limpide.

En restreignant «temporairement» l’accès internet de son protégé, dont l’extradition est réclamée tant par les Etats-Unis que par la Suède pour une affaire de viol, l’Equateur affirme avoir agi «souverainement» et «non sous la pression d’autres Etats». Faux, rétorque Wikileaks, qui assure que cette mesure a été réclamée par le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

Alors Wikileaks roule-t-il pour Donald Trump, comme le suggère l’Equateur, qui continuera pourtant d’accorder l’asile à Julian Assange? Tentative de décryptage.

Wikileaks est-il obnubilé par Hillary Clinton?

Ce mercredi, Wikileaks a publié la douzième tranche d’emails provenant de la messagerie de John Podesta, le directeur de campagne d’Hillary Clinton, qui a accusé Moscou d’avoir piraté son compte email. En juillet, le site avait mis en ligne près de 20 000 messages de responsables démocrates, montrant qu’Hillary Clinton avait été favorisée dans la bataille pour l’investiture au détriment de son rival Bernie Sanders.

En mars, Wikileaks avait aussi publié plus de 30 000 mails envoyés par Hillary Clinton depuis sa boîte de messages privée, alors qu’elle était secrétaire d’Etat. Le fait que la politicienne utilisait une messagerie non-sécurisée l’a sérieusement déstabilisée. Julian Assange promet de diffuser d’autres documents en sa possession d’ici à l’élection américaine du 8 novembre.

Lire aussi: «Dix infos sur Wikileaks qui fête ses dix ans»

«Wikileaks ne publie pas que les mails d’Hillary Clinton, mais, en pleine campagne électorale américaine, les médias parlent évidemment beaucoup de ces fuites», tempère Stéphane Koch, conseiller en stratégie digitale et sécurité de l’information. Ce défenseur de Wikileaks regrette toutefois que la plate-forme se confonde désormais avec son fondateur. «Julian Assange risque de l’entraîner dans sa chute. Alors que Wikileaks devrait continuer à être au service de tous les lanceurs d’alertes, plutôt que d’être perçu comme le canal de communication privilégié de son fondateur», dit-il.

D’où vient l’inimitié entre Julian Assange et Hillary Clinton?

Lorsque Wikileaks publie en 2010 250 000 câbles diplomatiques américains, Hillary Clinton est à la tête du département d’Etat. Elle est en première ligne pour mener la contre-offensive contre Julian Assange. Elle est aussi la plus virulente, réclamant des poursuites contre le fondateur de Wikileaks. «Barack Obama est tout aussi résolu contre Wikileaks, précise Stéphane Koch. Par définition, les Etats sont hostiles aux révélations des lanceurs d’alerte qui parasitent leur communication officielle et les mettent dans l’embarras.» Le spécialiste ne croit pas que Julian Assange soit à la solde de Moscou. «Les fuites visent surtout les Etats-Unis parce qu’il s’agit d’une démocratie et que de nombreuses personnes au sein de l’administration prennent le risque de faire sortir des documents. C’est plus difficile dans des régimes autoritaires ou des dictatures», explique Stéphane Koch. Et de conclure: «La réputation de Wikileaks sera toujours attaquée, car c’est le meilleur moyen de décrédibiliser les documents que la plateforme publie».

Que révèlent les derniers courriels publiés par Wikileaks?

Les échanges de messages entre la candidate Hillary Clinton et ses principaux collaborateurs montrent les petits calculs pour détourner l’attention de l’opinion de l’affaire de sa messagerie privée. Plus embarrassant, Wikileaks a publié trois discours d’Hillary Clinton grassement rémunérés par la banque Goldman Sachs. Dans d’autres échanges avec son équipe de campagne, la candidate apparaît beaucoup plus en faveur du libre-échange et de l’autorégulation des banques qu’elle ne l’admet publiquement.

Lire aussi: «Wikileaks: les révélations qui font mal à Hillary Clinton»

Quelle est l’influence réelle de Wikileaks sur la campagne américaine?

Les révélations de Wikileaks sont constamment utilisées par Donald Trump pour tenter de déstabiliser sa rivale. Mais, pour l’instant, le candidat républicain ne parvient pas à refaire son retard dans les sondages. Si Donald Trump n’arrive pas à exploiter la situation, c’est aussi à cause de sa fin de campagne calamiteuse, suite aux accusations de harcèlement de plusieurs femmes.