Allemagne

Winfried Kretschmann, un Grün en quête de réélection

Le ministre-président vert du Bade-Wurtemberg est plus populaire que jamais. Cet admirateur de la politique d’Angela Merkel brigue un nouveau mandat lors des élections dimanche

D’énormes bouquets de jonquilles attendent sur l’estrade de cette triste salle polyvalente de Mannheim, cité industrielle dotée d’un important port fluvial du sud-ouest de l’Allemagne et fief historique du géant de la chimie BASF. Le ministre-président du Bade-Wurtemberg, l’un des Länder les plus riches du pays, est attendu par ses supporters dans ce bâtiment sans charme. Winfried Kretschmann, qui brigue à 67 ans un deuxième mandat lors des élections dimanche prochain, est le premier écologiste à diriger un Land. A l’issue d’une campagne dominée par l’intégration des réfugiés, il a des chances de devancer une seconde fois son pâle challenger, Guido Wolf, de l’Union chrétienne démocrate (CDU). Les Grünen sont crédités de 32% des intentions de vote, contre 30% pour le parti d’Angela Merkel. Le SPD – actuel partenaire de coalition à Stuttgart – est laminé dans les sondages, tandis que le parti populiste AfD est crédité de 10%.

La réélection de Winfried Kretschmann serait une claque pour le parti d’Angela Merkel, qui avait régné sans partage pendant soixante ans à Stuttgart jusqu’à 2011. Mais avec la crise des réfugiés, la politique allemande n’est plus ce qu’elle était. Et pour bien des électeurs de la région, les Grünen – qui soutiennent la politique de l’asile d’Angela Merkel – semblent les plus compétents pour faire face à cet afflux que personne ne semble pouvoir contrôler. «J’ai toujours voté CDU. Pour les législatives, je continue à voter pour Merkel. Mais pour les régionales, je vais voter Kretschmann, le candidat de la CDU est un guignol», explique le directeur d’un centre de formation, la soixantaine.

A Mannheim, la salle polyvalente est entre-temps bien remplie. Le public va de l’étudiant Vert, cheveux en bataille et veste en velours verte, au militant de la première heure, chaussettes en grosse laine dans une paire de sandales de confort, barbe et cheveux blancs, pullover vert et pantalon de velours. Winfried Kretschmann prend place dans l’un des deux fauteuils installés sur l’estrade face au public. Les Grünen ont opté pour une soirée conviviale, style discussion au coin du feu. Cheveux blancs immaculés, coupe en brosse, costume sombre sur chemise blanche, chaussures parfaitement cirées: Winfried Kretschmann ne tombe la cravate que dans son temps libre.

Le ministre-président sortant n’est pas un Grün orthodoxe, et beaucoup à Berlin se passeraient bien de cet encombrant adepte de la chancelière. A chacune de ses apparitions, il rappelle son admiration pour ses modèles en politique et la soutient à 150% sur la question des réfugiés. «Angela Merkel? Je prie pour elle chaque soir, pour qu’elle réussisse la tâche qu’elle s’est fixée», explique ce catholique pratiquant. Le mimétisme est frappant: entre-temps, Winfried Kretschmann a même adopté le langage merkélien, parlant de la nécessité de procéder par «petits pas» dans la crise des réfugiés, une expression qu’adopte la chancelière sur chaque sujet controversé. Et la stratégie risque de payer au niveau électoral: 67% des habitants du Land souhaitent conserver Winfried Kretschmann au château de Stuttgart.

«Winfried Kretschmann est très aimé dans la région, explique Hans-Georg Wehling, politologue à l’université de Tübingen. Son style et ses positions ne diffèrent guère de celles de Merkel. Même les électeurs de la CDU veulent le conserver à son poste. Il est authentique, pragmatique, il incarne la culture politique du Bade-Wurtemberg: c’est à sa façon un conservateur, très pieux, engagé dans la vie associative, un adepte de la randonnée.» Bref, un homme auquel des électeurs profondément conservateurs de la région peuvent s’identifier.

Le bilan de son gouvernement Verts-SPD est plutôt positif: l’économie régionale est florissante, le chômage au plus bas, l’intégration des réfugiés semble dans ce contexte relativement bien engagée. Et la majorité verte-rouge comme on l’appelle ici a résolu les problèmes de 2011: le conflit autour de la rénovation de la gare de Stuttgart a été tranché par référendum; la réforme du système scolaire se fait en douceur, sans conséquence pour les gymnases; les écologistes sont plutôt satisfaits du bilan environnemental du gouvernement de Stuttgart, notamment en termes de lutte contre les pesticides et de développements des éoliennes; enfin, les milieux d’affaires apprécient le réalisme de Winfried Kretschmann.

«Sans succès économique, il n’y aura pas de succès écologique», rappelle le ministre-président à Mannheim. Il avait affolé la puissante industrie automobile – Daimler et Porsche ont leur siège dans la région – en assurant que le pays n’avait «pas besoin de plus de voitures mais de moins de voitures». Plus la moindre trace d’aversion pour l’industrie automobile dans son discours. Winfried Kretschmann raconte même avoir assisté à la représentation d’une symphonie «automobile» à Mannheim. «Un spectacle des plus ardents, mêlant musique aux bruits d’accélération de voiture. Inoubliable», concède-t-il aujourd’hui un brin amusé.

«Au sein de la CDU, on a voulu croire un temps que la victoire de Kretschmann en 2011 au lendemain de Fukushima était un accident de parcours, explique Ulrich Eith, politologue à l’université de Fribourg. Mais aujourd’hui, il est évident que les conservateurs de la région soutiennent vraiment Kretschmann, qu’ils veulent le garder à la tête du Land.»

Mais avec quelle majorité? Le résultat des urnes s’annonce pour les partis un casse-tête insoluble. La reconduction de la majorité Verts-SPD risque d’échouer sur le trop faible score des sociaux-démocrates. Restent donc l’option des Grünen avec la CDU, ou avec la CDU et les Libéraux. D’intenses négociations se préparent à Stuttgart.

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