La réélection de Barack Obama se joue-t-elle aujourd’hui dans le Wisconsin? Ce mardi, les électeurs de cet Etat du Midwest, à proximité des Grands Lacs, décident s’ils destituent ou confirment dans sa fonction l’actuel gouverneur républicain Scott Walker. Elu en automne 2010 grâce au fort soutien du Tea Party, il a créé un climat politique délétère après avoir supprimé de nombreux emplois publics, menacé de supprimer le droit de négociation collective et celui d’association pour les employés d’Etat. Ses mesures, radicales, ont soulevé un tollé général. En quelques mois, une pétition exigeant la destitution (recall election) du gouverneur a récolté plus d’un million de signatures alors que 500 000 auraient été suffisantes. Depuis, certains habitants parlent de quasi-guerre civile. La confrontation est exacerbée par le fait que l’Etat tient sa septième élection, à plusieurs niveaux, en l’espace de 14 mois.

Le Wisconsin a la réputation d’un Etat tranquille. Or le combat politique qui oppose Scott Walker, les républicains et les partisans du Tea Party aux démocrates et aux syndicats a provoqué une polarisation de la société telle qu’elle divise jusqu’au sein des familles. Des amis de longue date ne se parlent plus. Un partisan de Scott Walker et sa belle-sœur, une enseignante, s’évitent.

Un Etat crucial pour gagner

Les enjeux de ce scrutin régional qui met en concurrence Scott Walker au démocrate Tom Barrett vont pourtant bien au-delà du Wisconsin. Démocrates et républicains ont investi ensemble quelque 64 millions de dollars. Financièrement, les seconds ont toutefois davantage saisi les bénéfices qu’ils pourraient tirer d’une nouvelle victoire de Scott Walker dans l’optique de la course à la Maison-Blanche. L’Association des gouverneurs républicains a ainsi mobilisé plus de 65 personnes sur le terrain en les recrutant dans seize Etats différents. L’association, qui collabore étroitement avec le groupe de pression Americans for Prosperity largement financé par les frères Koch, deux milliardaires, a ainsi envoyé seize courriers à plus de trois millions d’électeurs dans un Etat qui compte 5,7 millions d’habitants. Le Parti républicain a en outre dépêché des escouades de volontaires de plusieurs Etats voisins.

Du côté démocrate, les fonds déversés dans cette campagne sont beaucoup plus réduits. On compte davantage sur la présence de la présidente du Comité national démocrate, Debbie Wasserman Schultz, qui a sillonné l’Etat, et sur celle, la semaine dernière, de l’ancien président Bill Clinton. Néanmoins, à l’approche de l’élection, un vent de panique s’est emparé du parti, certains estimant que Barack Obama aurait dû venir dans le Wisconsin pour aider Tom Barrett à gagner. Le président n’a toutefois pas voulu s’associer à cette guerre de tranchées. Pour lui, l’enjeu n’en demeure pas moins considérable.

Remporter le Wisconsin est un quasi-impératif pour gagner la présidentielle. Jusqu’ici, cet Etat était largement dominé par les démocrates. En 2008, Barack Obama a distancé son rival républicain John McCain de 14 points en remportant 59 des 72 comtés. Mais en 2010, lors des élections de mi-mandat, le Tea Party a réussi à faire élire Scott Walker. Dans les états-majors démocrates, on craint qu’une nouvelle victoire du républicain donne le ton de l’élection de novembre. Or, si Mitt Romney devait gagner le Wisconsin, ce serait une petite révolution. Aucun candidat républicain à la Maison-Blanche n’a gagné cet Etat depuis Ronald Reagan en 1984.