Les réformes annoncées vendredi par le pouvoir chinois sont considérables. Qu’est-ce qui les a permises? Et quelle est leur portée? Jean-Luc Domenach, directeur de recherche à Sciences Po Paris, tente un premier décryptage.

Le Temps: Entre la fin du plénum, durant lequel les réformes ont été décidées, et leur annonce par l’agence nationale Xinhua, trois jours se sont écoulés. Pourquoi?

Jean-Luc Domenach: Les discussions ne sont en fait pas encore terminées. Une partie des élites, je pense aux responsables des grandes entreprises d’Etat, sont rétifs aux changements que tente d’imposer Xi Jinping. Ils veulent conserver un système ancien qui leur garantit privilèges et prérogatives. Ce délai avant l’annonce des réformes est certainement le signe que rien n’est encore totalement joué.

– Quel rôle Xi Jinping, au pouvoir depuis un an, a-t-il personnellement joué?

– Tout à fait décisif. Les décisions sont collectives, mais il donne l’impulsion, impose sa vision des choses. On peut même se risquer à dire que depuis Mao, c’est le dirigeant qui a la plus grande latitude de manœuvre et qui, surtout, l’utilise pour réformer le pays. Il semble vouloir aller plus loin encore, notamment dans le domaine essentiel des mesures économiques, celles qui concernent les grandes entreprises d’Etat, les mammouths, mais c’est là qu’il rencontre aussi le plus de résistance.

– Ces réformes tendent-elles vers une même direction?

– Elles vont indéniablement dans le sens de l’ouverture, sociale et économique. Je dirais qu’on touche pour la première fois aux domaines cruciaux. Les avancées sont plus nettes en ce qui concerne les droits humains: assouplissement de la politique de l’enfant unique, accession facilitée à la propriété pour les paysans, désir affiché de faire reculer la peine de mort et disparition programmée des camps de rééducation par le travail. Toutefois, il faut rester prudent, les contours des mesures restent flous, leur impact véritable dépendra de leur mise en place concrète. Enfin, en matière économique, là où les réformes sont les plus attendues, tout est encore voilé.

– Peut-on parler de démocratisation?

– Non, pas du tout. On peut parler d’ouverture historique mais timide. Le pouvoir continue à être extrêmement centralisé. Les décisions sont prises par le bureau politique, sans consultation.

– Rien dans les mesures annoncées ne concerne le système politique. Ce dernier peut-il se maintenir?

– D’autant plus facilement que le pays connaît une croissance de 7% par année. Le plus grand péril pour le système, ce sont les scandales de corruption, mais Xi Jinping semble s’être attelé à combattre le fléau.