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A paramilitary policeman stands guard before a giant portrait of late Chinese Chairman Mao Zedong at the Tiananmen gate, a day before the 19th National Congress of the Communist Party of China begins, in Beijing, China, October 17, 2017. REUTERS/Aly…
© ALY SONG

Emprise

Xi Jinping, un «petit timonier» au pouvoir constamment amplifié

Président le plus puissant depuis Mao, Xi Jinping a accaparé les principaux leviers du pouvoir. Il devrait encore renforcer son emprise lors du congrès du Parti qui s’ouvre mercredi

Mercredi 18 octobre, le président chinois Xi Jinping s'est exprimé à l'ouverture du congrès du Parti communiste chinois, qui doit asseoir son pouvoir. Face aux 2300 délégués réunis, l'homme fort de Pékin a appelé les communistes de son pays à combattre toute menace à l'autorité du parti. Il a en outre promis «une nouvelle ère» du socialisme à la chinoise, dont il a brossé le tableau jusqu'en 2050, anéantissant ainsi tout espoir de libéralisation du régime


Cinq ans après son accession au pouvoir, Xi Jinping concentre entre ses mains un pouvoir sans précédent. Il est le président chinois le plus puissant depuis Deng Xiaoping, voire depuis Mao.

A son arrivée au sommet de l’Etat en 2012, il a hérité d’un appareil politique affaibli. «Le parti était divisé en une multitude de petits royaumes indépendants et traversé par la corruption», souligne Jean-Pierre Cabestan, un spécialiste de la politique chinoise à l’Université baptiste de Hong Kong. Un effet du règne mou de son prédécesseur, Hu Jintao.

Placer ses protégés

Xi Jinping – qui est hanté par l’expérience de l’ex-URSS – a repris les rênes du pouvoir fermement en main. Il a commencé par lancer une grande campagne anti-corruption qui lui a permis de se défaire de ses ennemis politiques et de libérer des sièges au sommet du pouvoir. «Il a placé des personnes loyales, qu’il connaît de longue date, à la tête des provinces, des grandes métropoles et de l’armée», note Xueliang Ding, un expert du gouvernement chinois à l’Université des sciences et technologies de Hong Kong.

Il réitérera vraisemblablement cette stratégie lors du renouvellement du Politburo, l’organe le plus puissant du pays, dont les 25 membres seront annoncés la semaine prochaine à l’issue du congrès du Parti communiste. Il tentera d’y placer ses protégés, rencontrés à l’époque où il dirigeait la province du Zhejiang, à l’image du chef de Chongqing, Chen Miner, de celui du Jiangsu, Li Qiang, ou du maire de Pékin, Cai Qi.

Au-dessus des organes de l’Etat

En parallèle, Xi Jinping a aussi affaibli les autres centres du pouvoir. Il outrepasse régulièrement son premier ministre, Li Keqiang, confiant ses dossiers et les rencontres diplomatiques de haut niveau à des proches. En avril, il a ainsi envoyé son chef de l’état-major, Li Zhanshu, à Moscou pour s’y entretenir avec Vladimir Poutine.

Cette toute-puissance a été affirmée en octobre dernier, lorsque le Parti lui a conféré le statut de «leader central», un titre qui le place au-dessus des autres organes de l’Etat. A l’issue du congrès qui s’ouvre mercredi, il devrait obtenir une mention de sa doctrine dans la constitution, un honneur réservé jusqu’ici à Mao et à Deng Xiaoping. Des bruits de couloir affirment qu’il pourrait même rester au-delà de son second et dernier mandat, qui s’achèvera en 2022.

Contestataires réprimés

Ces cinq dernières années ont également été caractérisées par une répression sans merci de toute contestation. Les médias ont été mis au pas, les contrôles sur les contenus publiés en ligne ont été renforcés et l’enseignement de valeurs occidentales dans les universités décrié.

Plusieurs centaines d’avocats des droits de l’homme ont été arrêtés dès 2013 et une nouvelle loi a été introduite pour compliquer la vie des ONG étrangères. «La population est mieux éduquée et informée que dans le passé, relève Jean-Pierre Cabestan. Les dirigeants chinois ont la sensation d’avoir perdu leur emprise sur le peuple, d’où leur réaction épidermique à la moindre manifestation d’instabilité sociale.»

Intervention accrue à l’étranger

Si le pays est de plus en plus verrouillé à l’interne, sa politique étrangère est, elle, de plus en plus interventionniste. L’initiative One Belt One Road (OBOR), lancée en 2017, a pour but de construire un corridor économique le long de l’ancienne Route de la soie, à coup de grands projets d’infrastructure. La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, créée en 2014 par Pékin pour concurrencer la Banque mondiale, est un autre exemple de la volonté de la Chine de s’affirmer sur la scène internationale.$

Lire également: L’offensive chinoise aux Nations unies

Cet été, la Chine a également mené un exercice militaire conjoint avec la Russie aux portes de l’Europe, a ouvert sa première base à l’étranger, à Djibouti, et envoyé un contingent de Casques bleus au Soudan du Sud. En mer de Chine méridionale, elle construit des infrastructures militaires sur un chapelet d’îlots contestés.

La voie est libre

Mais c’est sur le plan diplomatique que le retournement est le plus spectaculaire. «Xi Jinping évoque souvent la notion d’un «rêve chinois», semblable au rêve américain, qui a pour but de faire de la Chine la nation la plus puissante du monde», détaille Xueliang Ding. C’est à travers ce filtre qu’il faut analyser le leadership subit montré par le président chinois lors des discussions sur l’Accord de Paris ou sur le nucléaire iranien.

La Chine va «servir de guide à la globalisation», affirmait-il même début 2017 lors du Forum économique mondial de Davos. «Le vide laissé par le président américain, Donald Trump, et les divisions européennes sur ces dossiers ont créé une ouverture dans laquelle Pékin s’est engouffré», note Jean-Pierre Cabestan.

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