Le Xinjiang endeuillé par une «attaque terroriste»

Deux mois seulement après l’attentat du 22 mai, qui avait coûté la vie à 43 personnes sur un grand marché alimentaire à Urumqi, la capitale du Xinjiang, cette province de l’extrême nord-ouest de la Chine où vivent les Ouïgours turcophones et musulmans a été le théâtre d’une nouvelle «attaque terroriste». Elle aurait fait, selon un décompte très vague publié mardi par l’agence Chine nouvelle, des dizaines de morts et de blessés. Survenue juste avant la fin du ramadan, l’attaque a été perpétrée lundi par un gang armé de couteaux. La cible: un poste de police et des bâtiments gouvernementaux dans plusieurs communes à proximité de Kashgar, ville située sur l’ancienne Route de la soie, proche de la frontière avec le Tadjikistan et le Kirghizistan.

Dépêchées sur place, les forces de police auraient «abattu des dizaines» d’assaillants «qui s’en prenaient aux civils et aux véhicules», a ajouté Chine nouvelle, parlant d’une «attaque terroriste préméditée». Selon des sources locales citées par le South China Morning Post, quotidien anglophone de Hongkong, 22 agresseurs ont été tués sur le champ par la police et 41 autres arrêtés. Selon ces mêmes sources, Internet et les téléphones portables ont également été coupés immédiatement.

Climat de tension

Il est difficile, dans ces conditions, d’établir un bilan exact. Mais, pour le Congrès mondial ouïgour, une organisation basée en Alle­magne, ce nouvel affrontement a fait «une centaine de morts et de blessés». C’est ce qu’a affirmé mercredi son porte-parole, Dilxat Raxit, citant lui aussi des sources locales mais précisant n’avoir pas eu le moyen de vérifier indépendamment ces chiffres. Il a affirmé que «la Chine ne peut éluder sa ­responsabilité», faisant état d’un «usage excessif de la force armée» et réclamant «une enquête indépendante».

Ces violences confirment le climat de tension qui règne actuellement au Xinjiang, vaste territoire secoué régulièrement par des affrontements interethniques. Riche en ressources et stratégique car frontalière avec plusieurs Etats d’Asie centrale, la province compte 22 millions d’habitants, dont 45% d’Ouïgours autrefois majoritaires.

Ces derniers sont la cible d’une politique d’assimilation agressive menée par Pékin, laquelle a poussé une frange de la population à se radicaliser. Ainsi, la pratique du jeûne du ramadan avait été restreinte pour les musulmans du Xinjiang, notamment les fonctionnaires, les enseignants et les étudiants.

Ces nouvelles attaques surviennent alors que la Chine est en proie à des troubles internes, notamment depuis cet attentat suicide perpétré en mai sur un marché d’Urumqi. Ce raid succédait lui-même à une autre attaque, commise quelques mois plus tôt, cette fois à la gare de Kunming, la capitale de la province du Yunnan, à l’extrême sud-ouest du pays. Au moins 29 personnes avaient été tuées de sang-froid à l’arme blanche.

En réponse, le président Xi Jinping avait lancé une grande ­campagne antiterroriste. Celle-ci a donné lieu à au moins 13 exécutions, sans compter les centaines d’interpellations et de condamnations au terme de procès parfois expéditifs. Malgré ce dispositif inédit, Pékin peine à juguler les violences interethniques dans le Far West chinois. Les Ouïgours affirment être défavorisés par rapport aux Han (l’ethnie majoritaire) dans l’accès aux emplois locaux et disent craindre pour leur langue comme pour leur culture.