Le visage blanchi au talc de cette jeune femme se fige quand on lui demande si elle jeûne pendant le ramadan. «Aujourd’hui, nous sommes des citoyens de la République populaire de Chine, Ouïgours, Han, il n’y a pas de différence, on mange n’importe quand», récite anxieusement cette vendeuse aux longs cheveux noirs, dans une supérette où les pâtisseries orientales s’amoncellent sur des assiettes. En face, une mosquée est barrée par une banderole «Aimer le parti, aimer le pays». A Yarkand, petite ville de la préfecture de Kachgar, dans le sud du Xinjiang, le ramadan ressemble presque à une fête laïque: dans les rues du centre-ville en pleine reconstruction, les restaurants sont ouverts, et ne semblent pas moins fréquentés le jour que la nuit. Devant des échoppes, les passants s’arrêtent pour déguster des petits chaussons à la viande, des brochettes de mouton, du yaourt glacé ou du melon.

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