«Des inondations peuvent être à craindre au niveau des estuaires»: c’est par ces quelques mots que les services de l’Etat ont averti les habitants de la Vendée, samedi, de l’approche de la tempête Xynthia. Trois jours et au moins 51 morts plus tard – selon le dernier bilan –, la France s’interroge sur la cause du désastre. Les habitants et les élus des deux communes les plus touchées, La Faute-sur-Mer et L’Aiguillon-sur-Mer, où se concentrent plus de la moitié des victimes, avaient pourtant été prévenus, et depuis longtemps, du terrible danger qui les menaçait.

Effet d’«entonnoir»

Ainsi, un «plan de prévention des risques d’inondation de l’estuaire du Lay», datant de 2008, affirmait que «les communes de L’Aiguillon-sur-Mer et La Faute-sur-Mer apparaissent comme les secteurs les plus sensibles du littoral vendéen au risque de submersion et d’inondation, de par leur altitude moyenne relativement faible et leur situation en zone estuarienne», là où le Lay, rivière d’ordinaire paisible, se jette dans l’océan.

Le document ajoutait: «En cas de rupture de digue, les terrains situés immédiatement en arrière sont soumis au fort courant des eaux s’engouffrant dans la brèche [et] menaçant la sécurité des personnes et des biens.» C’est exactement l’effet d’«entonnoir» décrit par les habitants des communes dévastées.

Ce risque est bien connu des météorologues et des géographes qui étudient le littoral français. Lors du grand dégel appelé «transgression flandrienne», il y a dix mille ans, la mer montante a repoussé des alluvions qui ont formé des dunes et, derrière, des marais régulièrement submergés par les flots. «Souvent, ces zones sont urbanisées, c’est le cas dans la baie de Somme, le Cotentin, la Vendée, rappelle un fonctionnaire au fait de ces questions. Or, elles sont situées physiquement sous le niveau des plus hautes mers. Lorsqu’une digue cède, ces terrains sont inondés.»

Une tempête qualifiée d’«inhabituelle» par les météorologues – c’est-à-dire susceptible se produire tous les cinq à dix ans (lire ci-contre) – peut suffire. Ainsi, Xynthia était moins forte que Klaus, l’ouragan qui a dévasté la forêt des Landes en 2009. Mais celui-ci a fait moins de victimes – neuf morts –, car la côte landaise compte très peu de construction en bord de plage, et les dunes y sont beaucoup plus hautes.

Révolte des élus locaux

Après l’inondation de La Nouvelle-Orléans, en 2005, les autorités françaises ont commencé à s’inquiéter. «Depuis 2007, nous donnons un avis systématiquement défavorable aux projets d’aménagement dans les zones rouges», les plus exposées au risque d’inondation, explique la préfecture de Vendée.

A l’été 2009, l’Etat a annoncé aux maires de L’Aiguillon et de La Faute son intention de transformer certains terrains constructibles des deux communes en zones rouges, inconstructibles. Les élus locaux se sont alors révoltés contre le durcissement de la réglementation qui, écrivait le quotidien Ouest-France en novembre dernier, «jugule les initiatives et mêmes les activités existantes». Ils ont demandé le gel des plans de prévention, en demandant un dialogue «plus constructif».

«Le maire de La Faute fustigeait les services de l’Etat et leur côté tatillon, se souvient une source qui ne souhaite pas être citée nommément. Il y a une pression forte de la population, la demande de résidences secondaires, le désir des maires de développer leur commune… Et puis, il y a dix ou quinze ans, la réglementation était beaucoup moins restrictive.» Selon la ministre de l’Environnement, Chantal Jouanno, quelque 100 000 logements ont été construits en zones inondables depuis la tempête Lothar, en 1999.

Désormais, l’imprudence n’est plus de mise. C’est ce qu’a dit Nicolas Sarkozy, lors de sa visite lundi à L’Aiguillon: «Il faut qu’on s’interroge pour savoir comment en France, au XXIe siècle, des familles peuvent être surprises dans leur sommeil et être noyées dans leurs maisons.» Le président a annoncé le lancement d’une «réflexion […] sur les plans d’urbanisme, pour que des catastrophes de cette nature ne se reproduisent plus».