(Avec des archives du Journal de Genève, de la Gazette de Lausanne, du Monde, de La Croix, de RFI, de la chaîne française de télévision TF1 et de la TSR)


Téhéran, 1er février 1979. Un Boeing 707 d’Air France hésite un moment dans le ciel (peut-être pour laisser le temps aux Iraniens d’accourir), puis descend vers l’aéroport de Mehrabad, où l’attend une forte délégation. Aux commandes de l’avion parti de Paris, un pilote expérimenté, Jean Mouy, le seul qui a accepté de partir pour ce vol spécial, il n'y avait aucun volontaire. Il racontera plus tard comment, durant tout le trajet, il est resté en contact permanent avec la direction d’Air France, et aussi avec les autorités des pays survolés – France, Suisse, Autriche, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie, Turquie, puis l’Iran: 4200 kilomètres. Le vol était programmé depuis que son précieux passager, l’ayatollah Khomeiny, avait annoncé qu’il regagnait l’Iran, deux semaines après la fuite du roi Reza Pahlavi en Egypte. Il avait cependant été retardé de plusieurs jours, le gouvernement officiel de Chapour Bakhtiar ayant fait fermer les aéroports. Le religieux revient après un très long exil, expulsé d’Iran en 1964 pour opposition au régime et ses lois anti-clergé, envoyé brièvement en Turquie puis en Irak où il passa quatorze ans, avant d’en être chassé et de se réfugier en France, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. A Neauphle-le-Château, à 40 kilomètres à l’ouest de Paris, il passera 117 jours à ronger son frein, entre le 8 octobre 1978 et le 31 janvier 1979. Il a 77 ans.