Cofondateur de «Cartooning for Peace», le dessinateur français Plantu, qui œuvre au Monde et à L’Express depuis plusieurs décennies, livre son point de vue sur la conférence de Durban II et les enjeux qui en découlent.

Le Temps: Quelle appréciation avez-vous de Durban II?

Plantu: Je suis dans une vigilance extrême. Je vois bien que depuis la manipulation des caricatures danoises, il y a des gens qui ont envie de lancer des fatwas contre les dessinateurs du monde entier. On fait passer untel pour un anti-islamique alors que son croquis s’oppose seulement à l’intolérance de quelques barbus, d’autres sont dénoncés comme étant antisémites. J’ai moi-même été accusé d’être anti-catholique après avoir dessiné Jésus multipliant les préservatifs plutôt que les petits pains.

– La conférence, donc, est-elle utile ou dangereuse?

– Les gens dorment depuis des mois. Si l’on ne se mobilise pas maintenant, on ne pourra bientôt plus rien dessiner, ni un voile ni une burqa. Je veux bien admettre que représenter Mahomet soit un blasphème – je m’en fous, je ne le dessine jamais – mais qu’on ne vienne pas m’emmerder avec le reste. Un ami libanais a récemment été embêté par Nasrallah (ndlr: le leader du Hezbollah au Liban) qui prétend qu’on ne peut pas le caricaturer car il est le descendant du Prophète!

– Les attaques contre la liberté d’expression, cependant, ne sont pas l’apanage de l’islam…

– Des gens s’organisent pour codifier la liberté de pensée. Il y a des petits commissaires politiques dans toutes les religions et ils font malheureusement très bien leur travail.

– Les dessinateurs sont-ils plus exposés que les journalistes, par exemple?

– Oui, car ils flirtent sans cesse avec la ligne rouge et les interdits. On peut dépasser la limite, à condition que cela soit accompagné d’une vraie pédagogie. C’est pour cela que nous avons créé «Cartooning for Peace», pour donner des éléments de réflexion quant à la responsabilité de nos images.

Nous souhaitons aussi faire baisser l’anti-islamisme et l’antisémitisme primaires de certains dessins. Il y a une manière de dire les choses. Un croquis trop en dessous de la ceinture rend le lecteur aveugle. On peut être contre l’intervention israélienne dans les territoires palestiniens, mais dessiner un nez crochu aux soldats israéliens n’est pas un élément utile.