Après l’attentat perpétré lundi dans le métro de Moscou, les autorités russes pointent les rébellions du Caucase du Nord. Une analyse partagée par Arnaud Kalika, auteur d’un ouvrage sur la rébellion tché­tchène.*

Le Temps: Quelle lecture faites-vous de cet attentat?

Arnaud Kalika: La piste nord-caucasienne est la plus évidente. Cela fait plusieurs mois que des sites tchétchènes radicaux annonçaient des réponses au durcissement de la politique menée par Moscou. Les autorités russes évoquent une normalisation de la situation, mais elle est en réalité loin d’être maîtrisée.

– Comment vit la Tchétchénie aujourd’hui?

– Elle n’est pas instable, elle a un président et la plupart des chefs de guerre y ont déposé les armes. L’homme fort, Ramzan Kadyrov, a acheté leur reddition. Les routes y ont été refaites, les boutiques rouvrent leurs portes… En surface, tout est calme, mais les choses pourrissent à côté. Il y a des poches de rébellion dans tout le Caucase du Nord. Des chefs de guerre se sont autoproclamés au Daguestan, fief historique de la rébellion tchétchène, en Ingouchie, Karatchie-Tcherkesse et Kabardino-Balkarie. Ce sont autant de petits sanctuaires, la question est de savoir s’ils sont reliés entre eux.

– Ont-ils tous les mêmes objectifs?

– Leur grand rêve est de réunir la Tchétchénie et le Daguestan, de créer un émirat dans le Caucase avec débouché sur la mer. Pour ce faire, ils recrutent de plus en plus de Slaves convertis à l’islam, c’est lié au chômage et à la paupérisation.

– L’islam joue-t-il un grand rôle?

– Oui, l’idéal indépendantiste est passé au second plan. Il s’agit désormais de résister au joug chrétien orthodoxe de la Russie. L’islam hors mosquées irrigue toute une partie de la société et de la jeunesse. Il reste marginal, mais c’est un vivier dans lequel on puise des volontaires pour mener des actions comme celle du métro. Cependant, l’islam caucasien relève du soufisme; Al-Qaida n’a pas sa place dans cette région.

– Peut-on s’attendre à d’autres attaques de ce type?

– Elles risquent de se multiplier d’ici aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014, mais les rebelles n’ont plus les moyens de faire que des actions éparses et ponctuelles.

– Quelle réponse peut-on attendre de Moscou?

– Dimitri Medvedev a évoqué un renforcement de la lutte. On peut s’attendre à un ciblage efficace des «terroristes intérieurs» partout dans le monde.

– Pour certains, ces attentats tombent à point nommé dans l’agenda de Vladimir Poutine…

– Cette théorie ne me semblait pas fumeuse au moment de la série d’attentats de 1999, mais aujourd’hui, je ne vois pas à quoi cela lui servirait. Vladimir Poutine fait ce qu’il veut et maîtrise tous les leviers du pouvoir. Il n’est aucunement en concurrence avec Dimitri Medvedev pour le contrôle du Kremlin.

* «La Russie en guerre. Mythes et réalités tchétchènes», Ed. Ellipses, 2004.