Il y a trente ans, les promesses de Pékin

L’accord sino-britannique sur Hong Kong

«L’essentiel est donc fait, sur le papier du moins. Le projet d’accord sera publié simultanément à Pékin et à Londres, après examen des deux gouvernements: 250 000 exemplaires en seront distribués et la population de Hong Kong pourra donner son avis pendant les deux mois suivant la publication. Consultation purement formelle, empressons-nous de l’ajouter, puisque les quelque 5,3 millions de personnes directement concernées ne pourront y changer quoi que ce soit.

L’on sait d’ores et déjà que Hong Kong – qui s’appellera «Hong Kong Chine» – sera une «région sous administration spéciale» et gardera, pendant cinquante ans, son système socio-économique et légal, son port franc, ses droits et libertés civiques. «Un pays, deux systèmes», selon la formule de Deng Xiaoping, parfaitement acceptable à l’esprit chinois (rappelons que 99% de la population de Hong Kong est d’origine chinoise). Mais Deng n’a laissé planer aucun doute quant à la défense et la gestion des affaires étrangères de Hong Kong: toute la responsabilité en incombera au Gouvernement de Pékin. Les huit points et trois annexes du projet d’accord – publiés officieusement par un quotidien de Hong Kong –, laconniques et banals, cachent cependant une matière d’une extraordinaire complexité. Les ultimes difficultés auraient surgi au sujet du régime foncier, de la nationalité et de l’aviation. Selon des sources officieuses, la Chine ne s’opposerait pas à ce que les 2,6 millions de résidents de Hong Kong qui possèdent actuellement un passeport «colonial» (qui ne leur donne aucun droit automatique de résidence en Grande-Bretagne) continuent de se servir d’un document analogue, sans pour autant jouir d’une quelconque double nationalité. L’autre moitié de la population de Hong Kong aura la citoyenneté et les documents de voyage de la République populaire de Chine.

Quant à l’aviation, l’on suppose que le Ministère de l’aviation civile chinois – qui incarne en même temps la compagnie d’aviation nationale CAAC – verrait d’un très mauvais œil que Cathay Pacific, la ligne aérienne de Hong Kong (un énorme conglomérat qui a des intérêts dans d’autres secteurs […]) reste une entité indépendante. La Chine n’entend pas morceler sa souveraineté et veut garder la main haute sur les droits de trafic aérien de Hong Kong. […]

La majorité des habitants de la colonie sont, cependant, préoccupés par des questions plus terre à terre: quelle sera leur part réelle dans l’administration du territoire? Et comment mettre en place, après cent quarante ans de régime colonial pendant les treize ans qui restent, une structure politique capable de combler le vide après le départ du gouverneur britannique? En mars 1985, 236 sièges de députés seront à pourvoir dans des élections de district. D’ores et déjà s’affrontent, dans cette ville vouée jusqu’ici exclusivement aux délices du capitalisme, une droite pro-taïwanaise et une gauche pro-pékinoise.

Aussi longtemps que Deng Xiaoping sera en vie ou que sa ligne politique sera suivie, les habitants de Hong Kong ont l’espoir de jouir d’une autonomie certaine. Mais comme l’a rappelé il y a peu le représentant de Pékin dans leur ville, leur sort sera indissociablement lié à celui de la Chine populaire. Perspective peu rassurante si l’on pense que la Chine ne reconnaît pas la validité en droit international de cet accord qu’elle continue d’appeler une «déclaration commune» »

« Hong Kong Chine sera une «région sous administration spéciale» et gardera, pendant cinquante ans, son système socio-économique et légal, son port franc, ses droits et libertés civiques »

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