Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Les documents montrés par la vidéo de Sky News.
© STR

Revue de presse

Il y a «urgence de prudence» avec les 22 000 djihadistes de Sky News

La chaîne de télévision britannique aurait recueilli des données capitales pour riposter contre Daech. Mais des experts doutent de l'authenticité de cette prise de guerre: désinformation, diversion ou vrai coup dur pour l'EI?

Plusieurs pays occidentaux ont étudié jeudi les documents qui révéleraient les noms de nombreuses recrues du groupe Etat islamique (EI). Une mine d’informations dont on dit toujours qu’elles sont «probablement authentiques», du moins en ce qui concerne les djihadistes allemands, même si certains experts appellent à la prudence. Où en est-on après que la chaîne de télévision Sky News eut affirmé disposer de documents révélant environ 22 000 noms, remis aux autorités du Royaume-Uni, et dont la presse, écrit Courrier international, a aussitôt relayé l’information, dans des titres aussi sérieux que le Times ou le Guardian?

Lire aussi: 6 questions sur la fuite de documents sur 22 000 membres de l’Etat islamique

Rappelons d’abord qu’en début de semaine, la Süddeutsche Zeitung et deux télévisions publiques allemandes, NDR et WDR, avaient aussi indiqué être en possession de plusieurs dizaines de fiches de membres allemands du groupe EI. Ce quotidien «s’était procuré la liste secrète des combattants de l’Etat islamique» après être «allé enquêter sur place, à la frontière entre la Syrie et la Turquie», explique Nathalie Versieux, correspondante à Berlin de Radio France internationale et du Temps, notamment. Il y avait «rencontré quantité d’informateurs prêts à vendre toutes sortes de documents provenant de l’EI pour des sommes astronomiques. La corruption est devenue un véritable problème pour Daech.»

Une exploitation difficile

Et d’ajouter que «la liste dont les services de renseignement allemands ont eu connaissance est très certainement un vrai. Même si les libertés prises avec l’orthographe rendent son exploitation difficile. Düsseldorf est ainsi devenu «Dusenduf» et Leverkusen «Leferkusi».» Alors qu’en Suède, les services de sécurité (Säpo) ont indiqué qu’ils connaissaient aussi l’existence de ces documents: «De tels renseignements parviennent aux services de sécurité, mais nous ne rendons pas public ce que nous en faisons», a déclaré à l’agence de presse TT un porte-parole, Fredrik Milder, selon qui «il est trop tôt pour dire» si la liste est authentique et exploitable.

Le site d’information proche de l’opposition syrienne Zaman al-Wasl a lui aussi dit être en possession des documents, qui confirmeraient le souci bureaucratique de l’EI. Selon cette source, il y aurait toutefois beaucoup de répétitions et au final, on arriverait à 1700 noms. Certains d’entre eux sont déjà connus, comme celui d’Abdel-Majed Abdel Bary, un ancien rappeur originaire de Londres qui s’est illustré en postant sur Twitter une photo de lui brandissant une tête tranchée.

Le «scoop de l’année»?

Quoi qu’il en soit, beaucoup d’experts soulignent des incohérences dans ces documents, notamment dans le langage ou les logos utilisés. D’où l’urgence de «la prudence», estime Charlie Winter, chercheur à l’université américaine Georgia State: «Quand j’ai vu dans le passé de telles incohérences, il s’agissait en fait de faux mal faits», a-t-il assuré à l’AFP. Alors, est-on vraiment en présence du «scoop de l’année»? se demande RTL France. «Si la prise est décrite comme un «coup fantastique» par les spécialistes de l’antiterrorisme, Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, pense aussi qu'«il faut être extrêmement prudent, surtout compte tenu de l’ampleur de ce fichier car c’est du jamais vu».

Le journaliste et spécialiste du djihadisme Wassim Nasr note, lui, que beaucoup des informations sont déjà disponibles depuis des années. «Peut-être que certaines des informations sont vraies et qu’une mise en page a été fabriquée pour vendre chèrement l’info à différents acteurs», dit-il sur Twitter, doutes qu’il répercute sur France 24:

Louis Caprioli, ancien responsable du groupe anti-terroriste à la Direction de la sûreté du territoire (la DST française), doute lui aussi de l’authenticité des fiches qui ont fuité, comme il le confie à L’Obs: «Daech dispose, dit-il, d’une organisation composée de services de sécurité, de services de renseignement interne et externe, de personnels qui préparent les opérations… Je vois mal comment il est possible de voler ces infos aux responsables de la sûreté.» Mais si ces fiches contiennent des noms de djihadistes installés en Europe et en Amérique du Nord jusqu’à présent inconnus des services européens, «comment les renseignements peuvent-ils exploiter ces données?» demande le magazine à l’expert?

Et maintenant?

«S’il y a effectivement des noms d’individus qui n’ont jamais attiré l’attention, cela va obliger les services à travailler sur ces profils, à mettre en place des écoutes, à déployer des effectifs.» Mais «22 000 fiches, cela demande des moyens énormes. […] Rien qu’en France: 500 enquêtes en plus [il y aurait 500 Français dans ces fiches], c’est colossal. Et si en plus elles sont inutiles… Regardez comment ça s’est passé avec les frères Kouachi [dont la surveillance avait été interrompue].

Et en Suisse? «Le Ministère public de la Confédération affirme connaître les documents […] Interrogé par l’ATS, le porte-parole de la Confédération André Marty précise que les démarches nécessaires sont engagées», relaie 24 Heures.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a