Yanis Varoufakis, «ce joueur qui fait perdre son temps à tout le monde»

Grèce Le dialogue entre Athènes et la troïka relancé, sans le ministre

Les mauvaises langues à Bruxelles racontent que Yanis Varoufakis mettrait à présent la dernière main à son prochain roman politico-économique dont il est lui-même le personnage central. C’est l’histoire d’un ministre grec des Finances incompris par ses homologues et qui finira par démissionner.

Ce n’est pourtant pas un scénario totalement farfelu. Yanis Varoufakis, 54 ans et professeur d’économie sur qui le premier ministre grec Alexis Tsipras comptait beaucoup pour remettre son pays sur les rails, a perdu au cours du week-end son rôle central dans les négociations avec la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). «Depuis, les travaux se sont beaucoup intensifiés», s’est félicitée mardi Annika Breidthardt, une porte-parole de la Commission. «Les discussions progressent, même s’il n’y a pas d’échéance pour conclure un accord.»

Si à Athènes, le premier ministre Alexis Tsipras a insisté mardi sur le fait que son ministre des Finances ne sera, dans aucun cas, évincé du gouvernement, la presse grecque, elle, affirme que les ministres des Finances de la zone euro, dans leur écrasante majorité, ne veulent plus trop travailler avec Yanis Varoufakis. Lors d’une réunion consacrée à la crise grecque en début d’année, ce dernier était arrivé avec une quarantaine de minutes de retard. Ses relations avec son homologue allemand Wolfgang Schäuble sont exécrables; les deux hommes ne s’adresseraient même plus la parole.

«Haine à mon égard»

Mais la goutte d’eau qui aurait fait déborder le vase a été le point presse de trop samedi dernier à Riga, la capitale lettone, à l’issue de la réunion des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe). Alors que la rencontre s’était clairement soldée sans la moindre avancée, le ministre grec a parlé, à la grande surprise de tous, d’un accord en vue. Lors de la réunion même, un ministre aurait explosé et aurait appelé son collègue grec «un amateur, un joueur qui fait perdre son temps à tout le monde». En réalité, plusieurs diplomates tiennent Yanis Varoufakis responsable de la panne des négociations entre la Grèce et la troïka. Le Financial Times de mardi cite une source gouvernementale grecque, selon laquelle le très médiatique ministre grec serait devenu «un frein pour le gouvernement».

Toujours à Riga, Yanis Varoufakis s’était fait remarquer en boudant un repas organisé par le pays hôte. Au même moment, son message sur son compte Twitter n’est pas passé inaperçu. Citant Franklin Delano Roosevelt (1936), il a écrit: «Ils sont unanimes dans leur haine à mon égard, et je salue cette haine.» Et d’ajouter: «Une citation proche de mon cœur et de la réalité ces jours-ci.»

«Alexis Tsipras est un politicien qui a compris que les Grecs commencent à perdre patience, explique un fin observateur de la politique grecque. Il sait aussi que ses compatriotes sont, en grande majorité, opposés à une sortie de la Grèce de la zone euro, un scénario qui a refait surface ces jours. Il a donc agi pour obtenir un accord.» Mais selon lui, Athènes ne va toutefois pas se laisser dicter une politique d’austérité. Lundi soir, le premier ministre grec a menacé d’organiser un référendum au cas où un accord ne respecterait pas le mandat populaire obtenu par Syriza, son parti de gauche radicale, lors des législatives du 25 janvier.