«L'espoir? Vous, en voyez-vous de l'espoir? Je suis pessimiste. La paix n'est plus possible maintenant.» Recevant jeudi matin dans la Mouqataa (siège de l'Autorité palestinienne à Ramallah) un groupe d'élus, de députés et de sénateurs socialistes emmenés par Pierre Galland, Yasser Arafat n'a pas caché son inquiétude après le sommet de Washington durant lequel George Bush a intégralement approuvé le «plan de séparation unilatéral» concocté par Ariel Sharon. Beaucoup plus taciturne que d'habitude, le visage fermé, le raïs (président) semblait «sonné» par le résultat de cette rencontre. Ses propos étaient entrecoupés de longs silences durant lesquels il semblait plonger dans ses pensées.

Certes, avant de présider une session d'urgence de la direction palestinienne, Arafat a improvisé un discours au micro de la Voix de la Palestine. S'exprimant sur un ton ampoulé mais vigoureux, il a appelé la population des territoires à «ne pas se laisser abattre». Son appel a d'ailleurs été suivi par une série de manifestations dont la plus importante s'est déroulée dans le centre de Ramallah. Mais l'homme – qui appelle l'Europe à l'aide – a du mal à cacher qu'il est atteint, et son entourage reconnaît qu'il force un peu le ton pour tenter de donner le change.

Le Temps: Pensez-vous que les décisions annoncées mercredi à Washington ouvrent la porte à un nouveau cycle de violences sur le terrain?

Yasser Arafat: Je n'en sais rien. Tout dépend de Sharon. En tout cas, ce qui s'est passé hier (mercredi) est un désastre pour nous, mais également une catastrophe pour le processus de paix. En quelques heures, Sharon et Bush ont tiré la balle qui a achevé le processus commencé en 1991, lors de la conférence de Madrid, par le père du président américain actuel.

– Retenez-vous malgré tout quelque chose de positif du sommet de Washington?

– Rien, rien du tout. Que Bush a présenté Sharon comme un «héros courageux» et qu'il l'a autorisé à poursuivre sa politique de colonisation de la Cisjordanie. Associé à la poursuite de la construction du «mur de séparation» qui est également avalisée par le président américain, les Palestiniens seront amputés de 58% de leur terre. Bien sûr, Sharon promet d'évacuer la bande Gaza, mais il veut nous le faire payer cher, car en Cisjordanie, en raison de la présence de grands blocs d'implantations autorisés à se développer, nous ne bénéficierons pas d'une continuité territoriale. Nous ne serons même pas parqués dans des cantons, mais dans des sortes de bantoustans. Des prisons à l'air libre dont nous ne pourrons pas sortir sans l'autorisation israélienne. Est-ce cela, la paix que Sharon prétend vouloir conclure avec nous?

– Les dirigeants israéliens affirment cependant vouloir respecter et appliquer les engagements pris dans le cadre de la «feuille de route». Cet accord, garanti par les Etats-Unis et par l'ensemble de la communauté internationale, ne permettrait-il pas de remettre le processus de paix sur pied?

– La «feuille de route» est morte mercredi soir. Rappelez-vous que son texte prévoit explicitement l'arrêt de la colonisation ainsi qu'un dialogue entre nous et Israël. Or le «plan de séparation» de Sharon s'est fait sans nous et il a été approuvé par Washington sans que nous ayons notre mot à dire. Nous ne pourrons même pas discuter avec eux pour délimiter nos propres frontières ni fixer le siège de notre capitale. Le droit au retour est oublié. Israël contrôlera tout: notre sol, notre air et notre eau.