La coalition menée par l’Arabie saoudite qui combat les rebelles Houthis au Yémen est responsable de près de deux tiers des plus de 5000 civils tués dans ce pays depuis mars 2015. L’ONU a dénoncé mardi à Genève l’attitude «honteuse» de la communauté internationale.

La réticence du Conseil des droits de l’homme à lancer une Commission d’enquête indépendante «contribue à la continuité» des violations, affirme le Haut-commissaire aux droits de l’homme Zeid Ra'ad Zeid al-Hussein. Selon un rapport de son bureau pour le Conseil, la Commission nationale d’enquête établie au Yémen n’est pas considérée comme impartiale par toutes les parties.


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Zeid Ra'ad Zeid al-Hussein appelle à nouveau le Conseil à créer une Commission d’enquête internationale et demande aux parties d’œuvrer immédiatement pour garantir une assistance humanitaire. «Pourquoi les membres du Conseil ne prennent-ils pas leurs responsabilités?» s’est demandé devant la presse le chef pour le Moyen-Orient au Haut-commissariat, Mohammad Ali Alnsour.

Il a rappelé qu’il y a de sérieuses indications de crimes de guerre. Et il ne voit «aucun espoir d’atteindre une solution politique dans un futur proche».

Le document présenté mardi relève que l’utilisation d’armes interdites se poursuit. Les quelques efforts depuis un an pour établir les responsabilités sont «complètement insuffisants face à la gravité des violations».

Les civils visés directement

Les attaques contre les centres de santé, les écoles ou les infrastructures ont été fréquentes. Les Houthis et les militaires dissidents sont, eux, responsables de deux tiers du recours aux enfants comme soldats. Des employés de l’ONU ont régulièrement constaté à des barrages que des enfants de 10 ans étaient armés.

Près de 1200 enfants ont été tués parmi les civils et plus de 1500 font partie des plus de 8700 blessés. Les rebelles et leurs alliés sont également en cause dans la majorité des arrestations arbitraires.

Par ailleurs, les conditions des détenus sont extrêmement difficiles, a souligné Mohammad Ali Alnsour. Le Yémen fait face à la «pire crise humanitaire» dans le monde en raison surtout des affrontements, a-t-il rappelé.

Des chiffres terribles

Plus de 500 000 personnes sont infectées par le choléra et 2000 sont décédées de cette pathologie, selon des données récentes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plus de 18 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire et plus de 7 millions sont au bord de la famine en raison des violences. Les civils ont été ciblés de manière indiscriminée «dans de nombreux cas», notamment à Taëz, selon les indications de l’ONU.