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Les frictions entre Riyad et Ottawa ont pris ces jours une dimension proprement ahurissante.
© Naif Rahma/Reuters ©

Arabie saoudite

Au Yémen et contre le Canada: les bévues de trop du prince saoudien

Responsable d'un nouveau carnage au Yémen, l'Arabie saoudite provoque des réactions outrées. En pleine guerre diplomatique avec Ottawa...

La bévue de trop pour MBS? Une semaine de tension croissante avec le Canada semblait prouver que l’Arabie saoudite, et son prince héritier Mohammed ben Salmane (connu sous le surnom MBS), pouvait sans crainte se permettre tout nouvel excès. Vendredi, pourtant, Washington a semblé vouloir ramener un peu à l’ordre son allié du Golfe, même de manière extrêmement prudente. Surtout, un nouveau massacre commis au Yémen contre des enfants par l’alliance que dirige l’Arabie saoudite, suscite des réactions outrées.

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Un climat de «préoccupation»

Les frictions entre Riyad et Ottawa ont pris ces jours une dimension proprement ahurissante. Le 3 août, la ministre canadienne des Affaires étrangères se disait «gravement préoccupée» par l’arrestation de certains activistes saoudiens. Elle insistait particulièrement sur la détention de Samar Badawi, la sœur de l’écrivain et blogueur Raif Badawi devenu mondialement célèbre après qu’il a été condamné par le Royaume, en 2012, à dix ans d’emprisonnement et à recevoir 1000 coups de fouet pour ses critiques envers des chefs religieux. La femme et les enfants du militant ont depuis lors obtenu la nationalité canadienne. Pour être embarrassante, la «préoccupation» canadienne semblait donc relativement légitime.

Lire également: Face à l'Arabie, le Canada défend une politique «éthique» qui divise

Le pouvoir saoudien ne l’a pas entendu de cette oreille. Expulsion séance tenante de l’ambassadeur canadien, suspension des vols à destination du Canada… Riyad est allé jusqu’à demander aux quelque 10 000 étudiants saoudiens présents au Canada de faire leurs bagages, aux patients saoudiens de quitter les hôpitaux, et a proclamé la fin de tout échange commercial entre les deux pays.

Cette réaction semble d’autant plus démesurée que MBS a multiplié les offensives de charme envers l’Occident pour démontrer qu’il était l’homme qui allait transformer de fond en comble le Royaume saoudien. Ouverture des cinémas et de salles de concert, mise au pas du pouvoir religieux wahhabite qui maintient le pays sous sa férule rigoriste, programme de libéralisation économique ambitieux (appelé Vision 2030)… Cette modernisation du Royaume a trouvé son paroxysme médiatique il y a peu, lorsque les femmes saoudiennes ont enfin été autorisées à prendre le volant de leur voiture.

Une cible «sans danger

D’où cette question: pourquoi s’en prendre ainsi au Canada? «C’est une cible sans danger, assure Iyad el-Baghdadi, qui dirige à Oslo le centre de recherches Kawaakibi. Une occasion à moindres frais de défendre la «souveraineté nationale» face à un Etat libéral occidental.» De fait, bien peu nombreux sont les Etats qui sont venus en soutien au Canada, tandis que quantité de pays arabes, obligés de Riyad, prenaient position en faveur du Royaume. Alors que les Etats-Unis sont presque à couteaux tirés avec le Canada après des déclarations intempestives du président Donald Trump, Washington a lui aussi tardé à se mêler de cette question, autrement qu’en renvoyant dos à dos les deux pays. L’Arabie saoudite est devenue l’un des piliers de l’administration Trump dans la région. Il a fallu attendre une semaine pour que le Département d’Etat américain, prenant de multiples pincettes, appelle l’Arabie saoudite à «suivre les procédures» en matière de respect des droits de l’homme.

Et aussi: Les tensions entre l'Arabie saoudite et le Canada atteignent un sommet

C’est qu’entre-temps, le pire est arrivé. Les photos montrent les petites fosses alignées, creusées dans le sable: au Yémen, jeudi, un autobus transportant des écoliers a été la cible d’un bombardement de la coalition menée par Riyad, tuant au moins 40 enfants et en en blessant des dizaines d’autres. «Les chiffres parlent d’eux-mêmes», commentait Johannes Bruwer, le chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge au Yémen, participant à un mouvement de dégoût général. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé à l’ouverture d’une enquête internationale, tandis que les responsables saoudiens, minimisant le drame, évoquaient pour leur part l’enrôlement de «nombreux enfants» parmi les forces qu’ils combattent au Yémen et défendaient une action «légitime».

Un immense désastre

L’engagement saoudien au Yémen s’est converti en un immense désastre, considéré par les organismes internationaux comme l’une des pires crises humanitaires de la planète. Mais il n’est pas le seul témoin de l’aventurisme international décidé par le prince héritier saoudien qui, du Liban à Bahreïn, en passant par le soutien au régime autoritaire égyptien ou par le blocus du Qatar, s’embarrasse peu du respect des normes internationales.

Une politique internationale de plomb qui, à l’interne, s’accompagne aussi d’une implacable répression envers tous ceux qui pourraient barrer la route au prince héritier. Qu’il s’agisse de responsables religieux réformistes, de militantes féministes ou de… ses propres collaborateurs chargés d’appliquer son plan économique (tel Essam al-Zamel), les emprisonnements alarment les défenseurs des droits de l’homme. «Jamais encore un monarque saoudien ne s’était montré aussi autoritaire», assure dans la presse américaine Jamal Khashoggi, un ancien dignitaire saoudien qui a trouvé refuge aux Etats-Unis.

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