Humanitaire

Le Yémen est frappé par la pire épidémie de choléra

Après deux ans de guerre, le système de santé yéménite ne fonctionne presque plus. Le choléra vient s’ajouter à la malnutrition et l’aide internationale est entravée

Même Haïti martyrisée par le séisme de 2011 n’avait pas connu une telle flambée de la maladie du pauvre. Chaque jour, plus de 5000 Yéménites tombent malades avec les symptômes du choléra. Cette maladie hautement contagieuse se traduit par de fortes diarrhées et une déshydratation qui peut rapidement être mortelle. Depuis fin avril et l’augmentation des cas, plus de 368 000 habitants ont été contaminés. Et plus de 1800 d’entre eux en sont morts, selon les chiffres communiqués vendredi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Progression fulgurante de la maladie

Le bilan de l’épidémie en Haïti, importée par les Casques bleus de l’ONU en 2011, était plus lourd. Mais au Yémen, où la maladie était déjà endémique, la progression est fulgurante. De mémoire d’humanitaire, on n’avait jamais vu cela. Déjà le pays le moins riche de la péninsule arabique, le Yémen est en proie depuis deux ans à un conflit largement ignoré. Le pays est de facto divisé en deux.

Schématiquement, les régions du sud sont tenues par le gouvernement reconnu par la communauté internationale et appuyé militairement par une coalition arabe menée par l’Arabie saoudite. Le nord est aux mains des rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, le grand rival des monarchies du Golfe.

Maladie évitable

«Le système de santé ne fonctionne presque plus», témoigne Charles Gaudry, responsable des programmes pour le Yémen de la section suisse de Médecins sans frontières (MSF). L’humanitaire revient de la ville d’Ibb, dans le nord, où MSF a installé plusieurs centres de traitement dans lesquels les patients sont placés en isolement et réhydratés. Comme le reste du pays, cette ville d’un million d’habitants est frappée par la maladie, pourtant évitable avec des mesures d’hygiène simples. «Dans les zones sous le contrôle de l'opposition, le personnel soignant n’est plus payé depuis des mois. Les appels au gouvernement pour qu’il verse à nouveau les salaires ne sont pas entendus», se désole Charles Gaudry.

Selon l’OMS, plus de la moitié des structures de santé ont fermé ou tournent à peine. Nombre d’entre elles ont carrément été bombardées, quatre établissements de MSF ont été ciblés depuis deux ans. Les frappes aériennes de la coalition arabe continuent. Cette semaine, l’une d’entre elles a tué 20 déplacés et l’ONU a accusé vendredi l’Arabie saoudite et ses alliés. Les infrastructures ont aussi été gravement endommagées. La moitié de la population yéménite n’aurait plus accès à l’eau potable, alors que le pays connaissait des pénuries avant la guerre. Le choléra vient s’ajouter à la malnutrition qui touche un Yéménite sur deux, toujours selon l’OMS.

Pénurie alimentaire

Malgré un début de mobilisation, la réponse internationale n’est pour l’instant pas à la hauteur. L’aide est aussi entravée par le blocus des régions tenues par les rebelles. Ces zones ne sont quasiment accessibles que par l’aéroport de la capitale Sanaa, tenue par les rebelles. Et encore, seuls les vols humanitaires peuvent pénétrer dans le ciel yéménite verrouillé par l’Arabie saoudite et ses alliés. Dans le but d’empêcher l’armement des rebelles, le pays, qui importait 90% de ses denrées alimentaires avant la guerre, se retrouve affamé.

L’épidémie sans précédent qui affecte le Yémen va-t-elle conduire à un sursaut en faveur d’une résolution du conflit? Rien ne l’indique. La population yéménite reste prise dans l’affrontement entre l’Iran et l’Arabie saoudite qui la dépasse. Le choléra a beau concerner toutes les régions du pays, par-delà les lignes de front, la lutte contre l’épidémie demeure fragmentée. L’OMS et le gouvernement yéménite viennent de renoncer à lancer une grande campagne de vaccination contre le choléra, qui aurait pu freiner l’épidémie. Une telle opération aurait été très compliquée en raison des combats et le stock de doses de vaccins était insuffisant vu l’ampleur de l’épidémie.

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