A l’orée des vacances d’été, l’accident d’un Airbus A310 de la compagnie Yemenia aux Comores, avec 153 personnes à bord, relance l’inquiétude au sujet des «compagnies poubelles». Ces transporteurs aériens échappent aux instances de contrôle occidentales, volent sur de vieux avions et offrent un service allant du folklorique au carrément inquiétant.

Construit en 1990, l’Airbus accidenté reliait Sanaa, la capitale du Yémen, à Moroni, dans l’archipel des Comores. Dans la nuit de lundi à mardi, il a raté son atterrissage avant de s’écraser en mer, alors que soufflaient des vents violents. Sur les 142 passagers, 111 venaient de France, qui abrite une forte communauté comorienne, et 66 étaient Français. Une adolescente de 14 ans a été retrouvée vivante dans l’eau – elle était, mardi soir, la seule survivante recensée de la catastrophe. Les passagers venant de France ont décollé de Paris avec un Airbus A330 de la même compagnie avant de changer d’appareil à Sanaa.

Frayeurs des passagers

L’appareil qui s’est écrasé avait subi une inspection en France en 2007. «Nous avions jugé que cet avion n’était pas apte à voler sur le territoire», indique la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Selon le secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau, «il manquait des gilets de sauvetage, il manquait différentes choses» dans l’A310. Il ne volait plus en France depuis deux ans.

Selon les autorités yéménites, l’avion avait été inspecté en mai, «sous la supervision d’Airbus», il assurait régulièrement des liaisons avec l’Europe, et les remarques émises par la France en 2007 ne concernaient que des «sièges et des questions de décor dans la cabine des passagers». Une version contestée par la DGAC, qui affirme que l’avion présentait des «dangers plus considérables». Certains Comoriens, habitués du vol Sanaa-Moroni, ont raconté leurs frayeurs dans les «cercueils volants» de la Yemenia. Fauteuils déchirés ou détruits, bagages mal arrimés, mépris envers les passagers, retards fréquents: la liste des reproches est longue.

«Au début, Yemenia était très appréciée des Comoriens, explique Bacari Ali, animateur de la radio comorienne DouniaWeb en France. Mais vers 2003-2004, ça s’est dégradé. Les voyageurs se demandaient si les avions étaient viables. Une femme a été emprisonnée parce qu’elle estimait que son vol n’était pas sécurisé. Lorsqu’on part de Paris, c’est impeccable, mais lorsqu’on change à Sanaa, l’avion devient dégueulasse. On est traités comme des bêtes, il faut parfois dormir sur place, dans l’aéroport. On a même eu des témoignages de gens qui se sont fait tabasser.»

Yemenia, qui possède onze avion­s et n’a subi aucun accident grave ces dernières années, a fidélisé ses clients comoriens en leur offrant des prix plus bas (1400 euros au lieu de 1600) et en les autorisant à emporter plus de bagages que sur les vols Air France.

Pas sûr, cependant, que ces avantages résistent au prochain tour de vis annoncé par Bruxelles. Mardi, le commissaire européen aux Transports, Antonio Tajani, a proposé la création d’une «liste noire mondiale» des compagnies interdites de vol. Elle compléterait celle de l’Union européenne, qui compte 200 noms et doit être actualisée prochainement.

Pour l’instant, Yemenia n’y figure pas. Malgré des «manquements» relevés en France, en Allemagne et en Italie, et les reproches d’inexpérience adressés à son personnel, elle a été épargnée lors de son passage devant le Comité de la sécurité aérienne de l’UE, en avril. Selon un porte-parole de la Commission, «la compagnie avait amélioré ses standards de sécurité, et il n’était plus nécessaire de la mettre sur la liste noire».